Dès le 22 septembre, Le Temps dans sa version papier sera accompagné par le Journal de l’immobilier. Cet hebdomadaire gratuit sera encarté avec le quotidien tous les mercredis. Il est le fruit d’une joint-venture entre Le Temps SA, qui en détient 65%, et Phoenix Communication (35%).

Pour le responsable de Phoenix Communication, ce partenariat représente un surprenant retournement du destin. Thierry Oppikofer avait en effet créé Tout l’immobilier, sa publication précédente, en réaction aux velléités impérieuses qui animaient Le Temps lors de son lancement, en 1998. Aujourd’hui, non seulement il a quitté la société éditrice de Tout l’immobilier, mais en plus il s’associe avec son ennemi d’alors pour faire concurrence au produit qu’il a dirigé pendant plus de vingt ans.

Le Journal de l’immobilier première façon était un supplément du Journal de Genève. Il regroupait petites annonces immobilières et contenus rédactionnels touchant à l’immobilier, une formule qui sera reprise par les titres suivants. Thierry Oppikofer en avait la charge rédactionnelle, la régie publicitaire était confiée à Promoguide, un prestataire extérieur. Au moment de la fusion avec Le Nouveau Quotidien pour créer Le Temps, en 1998, la direction d’alors n’avait pas souhaité confier la responsabilité éditoriale du supplément immobilier à Thierry Oppikofer. Piqué au vif, ce dernier a donc créé un gratuit, qui a fêté cet été sa vingt-troisième année d’existence. «Edipresse, avec ses titres Tribune de Genève et Le Matin, tout comme Le Temps nous menaient une guerre solide», se rappelle l’homme de presse aujourd’hui. En pied de nez à cette volonté hégémonique, il avait baptisé sa société éditrice Plurality Presse, dans laquelle plusieurs régies immobilières genevoises avaient pris des parts.

Malgré les investissements de ses concurrents, Tout l’immobilier s’est imposé. Il tire aujourd’hui à 143 000 exemplaires (110 000 distribués dans les boîtes aux lettres, 33 000 en caissettes). Dès le 1er septembre, il aura un nouveau rédacteur en chef, qui n’est donc pas son créateur. Plurality Presse a en effet fusionné avec le portail Immobilier.ch (50 000 visites par jour). Des divergences de vues entre les responsables de la nouvelle entité et Thierry Oppikofer ont mené au départ de ce dernier. «Le jour même où j’ai remis ma démission, j’ai reçu un coup de fil du directeur du Temps», précise l’entrepreneur de 63 ans.

«Le Bousingot» devient «Persifle»

Le Journal de l’immobilier, à paraître dès le 22 septembre, ressemblera à Tout l’immobilier version traditionnelle, souligne Thierry Oppikofer. Il aura une déclinaison numérique. Les annonces immobilières seront accompagnées de contenus rédactionnels (tendances du marché immobilier, décoration, jardin, conseils juridiques), rédigés par une rédaction indépendante du Temps. Sept employés, parmi la dizaine que comptait sa publication précédente, ont accompagné Thierry Oppikofer. «Le Bousingot», rubrique satyrique qui épingle les travers de la presse, a également suivi son créateur mais s’appellera «Persifle». Le gratuit sera tiré à 110 000 exemplaires dont 60 000 délivrés dans des boîtes aux lettres de quartiers dont la sélection est en cours.

«Le Temps avait essayé dans le passé de s’imposer dans le marché immobilier sans y parvenir. L’immobilier reste toutefois un domaine d’investissement prisé, notamment par nos lecteurs, et nous y voyons toujours un potentiel commercial fort, dit Tibère Adler, directeur de la société éditrice du quotidien. Ce partenariat est donc une opportunité d’entrer sur un marché dont Le Temps était absent. L’encartage est une première étape. Par la suite, nous aimerions être présents sous d’autres formes: événementiel, magazine, digital.» Le Journal de l’immobilier doit viser une rentabilité dès 2022.

Un marché à 4 millions de francs

Le marché des petites annonces immobilières à Genève est évalué à 4 millions de francs. «Nous espérons en capter la moitié», vise Thierry Oppikofer. Pour ce faire, il faudra donc déstabiliser Tout l’immobilier et son nouveau rédacteur en chef, Serge Guertchakoff (ex-rédacteur chef de Bilan). L’hebdomadaire vient de revoir sa formule. «Nous voulons faire évoluer le titre vers plus de contenus et plus de qualité, annonce Claude-Alain Paschoud, directeur général de la société éditrice. Nous croyons dur comme fer à la qualité des contenus rédigés par des journalistes locaux, nous allons donc construire une équipe d’une dizaine de collaborateurs en conséquence.» La concurrence du Journal de l’immobilier? «Elle est saine et va nous pousser vers la qualité.» GHI, la Tribune de Genève et d'autres publications spécialisées sont également implantés dans ce marché de la presse immobilière.