Formation

Le temps des MBA est venu pour les femmes

Les MBA exigent plusieurs années d’expérience professionnelle. Un prérequis apparemment anodin 
qui limite le nombre de femmes accédant à des carrières de dirigeantes. Des écoles, notamment lémaniques, tentent de changer la donne

Le responsable d’une banque de la City, à Londres, a affirmé que «le saint graal est une femme ayant un MBA». Pourtant et de façon intéressante, les femmes sont peu nombreuses à suivre ce cursus. Dans Womenomics, la croissance dépend aussi des femmes (éd. Eyrolles), Avivah Wittenberg-Cox et Alison Maitland notent ainsi que «pendant des décennies, les grandes écoles internationales de commerce ont accueilli beaucoup moins d’étudiantes (seulement 20% à 30% au total) que les écoles de médecine ou de droit, qui ne sont pas loin de la parité». 

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Des choix de carrières correlés à la vie privée

Comment expliquer le désintérêt des femmes pour cette formation post-grade, étant précisé que quoi que l’on pense des MBA, ils demeurent une carte de visite importante pour de nombreuses entreprises à travers le monde? «La raison constamment invoquée est que ce type de programme exige que les participants aient plusieurs années d’expérience professionnelle. C’est par conséquent vers la trentaine que les candidats postulent, un âge auquel les demandes personnelles et notamment le désir de fonder une famille sont fortes», répondent Avivah Wittenberg-Cox et Alison Maitland.

Pour le dire autrement, chez les femmes, même si tous les cas de figure et d’organisation familiale existent, les choix professionnels sont le plus souvent corrélés à la vie privée. «S’il y a des années que les recteurs des établissements en question ont reconnu le problème, qu’il nous soit permis de remarquer qu’ils n’ont guère montré d’empressement à faire évoluer les choses.»

Une nouvelle offre à Genève: Un MBA à la carte

L'horizon s'éclaircit

L’horizon semble cependant enfin s’éclaircir. Elisabeth Moreno, PDG de Lenovo France et diplômée de l’EMBA Essec-université de Mannheim, explique ainsi qu’à l’heure de #metoo, les changements managériaux connaissent un coup d’accélérateur dans les entreprises, et donc dans le contenu des MBA. «Les dirigeants faisant pleurer leurs collaborateurs sont condamnés à disparaître. C’est donc le bon moment pour les femmes, réputées fortes dans le lien social, de décrocher un MBA et sa technicité managériale pour devenir dirigeantes».

Jeffrey Petty, directeur académique de l’Executive MBA de HEC Lausanne, confirme. «Selon les recherches de l’industrie, le pourcentage de participantes est en légère augmentation au niveau global, ce qui amène une plus grande diversité dans les classes EMBA».  

Une bourse attribuée 
à une femme remarquable 

Une kyrielle de doyens et de professeurs agissent par ailleurs activement en faveur de la mixité dans les écoles de commerce européennes. A l’IMD Business School, située à Lausanne, le doyen du programme MBA Seán Meehan œuvre en effet pour faire évoluer les choses. Le nombre d’étudiantes en MBA est ainsi passé de 21% en 2017 à 30% en 2018. «Ces chiffres représentent une amélioration mais nous avons encore beaucoup à faire, assure-t-il. L’augmentation du nombre de femmes dans notre programme nous tient très à cœur, raison pour laquelle nous souhaiterions atteindre dans un futur proche 40% de femmes.

L’expérience de l'IMD

Comment compte s’y prendre l’IMD Business School? «Nous avons modifié les modalités de remise des bourses. La bourse Stewart Hamilton, par exemple, n’est attribuée qu’à une candidate – et non à un candidat! – exceptionnelle. Nous allons aussi annoncer très prochainement deux nouvelles bourses d’études lesquelles seront uniquement attribuées à des femmes. Nous avons en outre un prix qui récompense l’étudiante qui s’est le plus investit dans le programme tout au long de l’année. Enfin, nous prêtons très attention aux candidatures féminines à haut potentiel.»

Quid des employés? L’école respecte-t-elle l’équilibre hommes/femmes? «Le corps enseignant féminin de notre programme MBA compte pour 30% au total, un chiffre qui est loin d’être suffisant, indique Seán Meehan.Cela étant dit, nous avons dans notre institution des femmes leaders exceptionnelles à toutes sortes de fonctions d’encadrement. S’agissant des recrutements, nous continuons à faire pression en faveur d’une plus grande inclusion.»

A HEC Lausanne

S’agissant de HEC Lausanne, au cours des cinq dernières années, le pourcentage de femmes au programme EMBA était en moyenne de 28%, variant entre 20% et 40% selon les années. «Idéalement, nous aimerions avoir une répartition mixte de 50-50, mais nous sommes très fiers de nos chiffres actuels, car nous dépassons la moyenne internationale, qui est de 27% au cours de la même période», poursuit Jeffrey Petty.

L'Insead aussi

Autre école qui s’engage en faveur de la diversité, l’Insead, qui a fêté le 50ème anniversaire de la première femme ayant intégré le MBA (1968) et qui lève des fonds pour augmenter les bourses destinées aux femmes. «Nous espérons leur faciliter l’accès au programme MBA », a déclaré au Monde Nida Januskis, la dirigeante du département des anciens élèves de l’Insead. Enfin, l’ESSEC basée à Cergy-Pontoise met en place «des politiques pour diversifier le MBA en termes de nationalités, d’expériences et de genre».

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