à nos lecteurs

«Le Temps» planche sur une charte du «greenwashing»

Une petite équipe de la rédaction œuvre à l’élaboration d’une liste de questions. Ce baromètre doit nous aider à analyser le message des entités qui communiquent sur leurs efforts environnementaux. Un vrai travail d’introspection journalistique

Economie, politique, société, culture, sport, sciences: les enjeux écologiques traversent toutes les strates de notre société. Comment passer de l'analyse à l'action? Quelle est la part de décisions individuelles et celles qui relèvent de choix politiques? Pourquoi la complexité du défi ne doit pas nous décourager?

Découvrez pendant la première quinzaine de mai, et à tout moment sur une page dédiée, une série d'enquêtes sur le thème de la transition écologique. Retrouvez le 9 mai, une édition spéciale du Temps à ce sujet, à l’occasion du Forum des 100.

Le pavé a été lancé en février, au cours de la toute première discussion pour la préparation de cette édition spéciale du journal. Alors qu’une équipe de journalistes du Temps se met en quête d’angles et d’interlocuteurs pertinents, percutants, novateurs, l’un des participants glisse: «On risque de tomber dans le piège du greenwashing, non?»

La discussion animée qui a suivi pour tenter de répondre à cette question a mis le doigt sur un double problème. Premièrement, nous n’avons pas tous la même définition du greenwashing. En résumé, il s’agit d’une technique de marketing visant à communiquer sur les efforts environnementaux d’une entreprise dans le seul but d’améliorer son image. «Oui, mais comment on fait pour savoir que l’on est face à un tel cas?»

Une responsabilité

Car, deuxième problème, nous sommes inondés au quotidien de communiqués de presse qui vantent les pratiques plus ou moins vertes d’entreprises, d’institutions, de fondations, d’administrations ou encore de personnalités ou de politiciens. Et l’évaluation de leur contenu se fait de manière instinctive, sans qu’il n’y ait de règles.

Lire aussi: Greenwashing: la grande machine à laver plus vert

La solution a fini par s’imposer. «Pourquoi ne rédigerait-on pas une charte?» Un genre de manuel de bonnes pratiques, un mode d’emploi, qui viendrait amender le code déontologique régissant notre profession.

Quelle légitimité avons-nous, simples journalistes, à le faire? Au-delà du fait que nous sommes des cibles de choix pour les éco-blanchisseurs, nous en avons la responsabilité envers nos lecteurs. C’est d’ailleurs écrit au premier point dudit code, qui tient pour «devoir essentiel» la recherche de la vérité.

L’idée est validée, avec enthousiasme. Un comité d’une demi-douzaine de journalistes de diverses rubriques est constitué pour sa rédaction. Pour nous guider, nous avons sollicité des sources auprès d’ONG, dans l’économie et au sein des milieux scientifiques.

De cette synthèse doit émerger une liste d’une dizaine de questions, facilement vérifiables. Leur vocation n’est pas d’avoir valeur de test afin de décider du traitement ou non d’une information. Le projet s’apparente plutôt à un baromètre nous permettant de situer cette information par rapport au message qu’elle veut véhiculer. Et donc, de déterminer la manière dont nous voulons la traiter.

Des évidences et des questions

Certaines de ces questions s’imposent comme des évidences: l’entité qui s’adresse à nous est-elle active dans des zones de conflit? A-t-elle eu des démêlés avec la justice? Le cas échéant, de quelle nature? D’autres indicateurs sont plus spécifiques aux entreprises: où se situe la démarche écoresponsable qui nous est présentée par rapport au cœur de métier de l’entreprise? Celle-ci formule-t-elle des objectifs chiffrés pour concrétiser cette démarche? Sur le plan juridique, a-t-elle modifié ses statuts pour répondre de cette approche devant ses actionnaires?

Lire également cette chronique: Les vertus du greenwashing

Mais alors, pourquoi ne pas présenter cette liste de questions à l'occasion de notre numéro spécial du 9 mai? Parce qu’il serait trop simple de se cacher derrière un document écrit à la va-vite. Sa rédaction implique de se plonger dans une forme d’introspection individuelle, mais aussi collective. Elle doit s’accompagner d’une réflexion en profondeur sur la ligne que veut adopter le journal sur les questions environnementales et climatiques. Et ce, sur le long terme, pas uniquement dans une édition spéciale.

Publicité