Entre-Temps…

Il est temps de réhabiliter la globalisation

Même si elle n’est pas parfaite, la mondialisation reste un espace de liberté qui a ses règles et qui permet de surmonter les barrières nationales

Après trente ans d’ouverture des marchés, la globalisation n’a plus la cote. Elle est partout critiquée, de l’extrême gauche à l’extrême droite. L’arrivée au pouvoir de présidents populistes, comme récemment au Brésil, ne fait qu’accentuer cette tendance. Lors de la dernière réunion des Nations unies, le président Trump a déclaré: «Nous rejetons l’idéologie de la globalisation et adhérons désormais à la doctrine du patriotisme.»

La globalisation n’est pas une idéologie, il n’y a pas de parti de la globalisation. Le nationalisme économique en est une. Il fait son fonds de commerce du rejet des élites et de la mondialisation source de tous les problèmes: déficits commerciaux, chômage, inégalités de revenus et immigration. En somme, c’est toujours la faute des autres, de l’international, de l’Europe ou de la Chine: tout le monde comploterait contre tout le monde.

Un espace de liberté et un facteur de paix

La globalisation n’est pas un système de laisser-faire, mais un espace de liberté qui a ses règles et qui permet de surmonter les barrières nationales. Elle est un facteur de paix. Celui d’en face a plus de valeur vivant que mort. Si elle devait avoir un objectif, ce serait celui exprimé par Victor Hugo au Congrès de la paix en 1849: «Un jour viendra où il n’y aura plus d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce et les esprits s’ouvrant aux idées.»

La précédente chronique: L’économie a aussi ses trous noirs

Et cela marche. Ces vingt dernières années, la globalisation a permis de réduire de moitié la population mondiale qui vit dans une extrême pauvreté. Une grande partie de nos biens de consommation courants qui sont à un prix abordable sont le résultat de l’économie globale. Si un iPhone était produit entièrement aux Etats-Unis, son prix serait de plus de 2000 dollars. Très souvent, au contraire, les produits chers sont nés dans une économie locale et excessivement protégée, même si c’est pour des raisons sociales compréhensibles.

Les régimes populistes sous-estiment complètement à quel point l’économie globale fait partie de notre quotidien. 42% des exportations chinoises sont directement liées à des entreprises américaines. En vingt ans, le commerce intra-européen a quadruplé. 44% du commerce britannique se fait avec l’Europe. Le psychodrame du Brexit montre à quel point il est difficile de démêler les accords économiques passés. Les solutions du genre «il n’y a qu’à» ne fonctionnent pas et dupent la population.

Grands patrons trop souvent maladroits et arrogants

Il ne faut pas non plus faire de l’angélisme: aucun système n’est parfait. Les chefs d’entreprises globales ont été trop souvent maladroits et arrogants. Ils ont parfois abusé des délocalisations et des menaces sur les salaires. Ils ont trop longtemps méconnu l’importance du développement durable, de l’éthique et de la transparence. Ils ont confondu la perspective de conduire une entreprise mondiale avec celle de gérer une entreprise apatride. Pourtant, toutes les entreprises ont besoin d’un pays d’origine comme tous les grands arbres ont besoin de grandes racines.

Les acteurs de l’économie globale ont surtout sous-estimé que la majorité de la population vit au quotidien dans un environnement très local. Les populistes, eux, l’ont compris. Néanmoins, l’ancien président d’une grande société multinationale de l’Arc lémanique me disait recevoir régulièrement les politiciens locaux pour leur expliquer la politique de l’entreprise. Il me disait aussi avoir probablement payé pour toutes les cloches (d’églises) du canton.

L’économie qu’elle soit globale ou locale est toujours soumise au pouvoir du politique. Quand celui-ci décide d’agir de manière concertée, comme ce fut le cas pour la régulation des banques ou la réforme de la fiscalité internationale, les entreprises réalisent leur faiblesse et ne peuvent que s’exécuter.

C’est pour l’avoir oublié que la globalisation a perdu son aura et a laissé le populisme créer un lit d’illusions dans un nombre grandissant de pays. Bien sûr, cela changera. Aujourd’hui en Grande-Bretagne, plus de la moitié de la population est opposée au Brexit. Mais d’ici à ce que le débat sur la globalisation devienne moins polémique, beaucoup de dégâts auront été faits à l’économie, au standard de vie des peuples et peut-être même à la démocratie.

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