Qu'est ce qu'un hedge fund? Selon un article du magazine Fortune de 1969, le terme «hedge fund» serait associé à l'application d'une commission de performance pour rétribuer les gains du gérant. Aujourd'hui, la plupart des fonds, y compris des fonds traditionnels, appliquent une commission de performance. Ce critère obsolète ne permet donc plus de qualifier un hedge fund. D'autres encore nous encouragent à définir un hedge fund par rapport aux différences principales avec un fonds classique, c'est-à-dire l'utilisation du levier financier et la vente à découvert. Ces deux critères, inégalement utilisés par les hedge funds, ne permettent pas non plus de poser une claire distinction entre ces deux types de fonds. De plus, si les hedge funds ont recours à l'effet de levier pour la construction de positions, tel est aussi le cas des activités de négociation pour compte propre de nombreux grands établissements financiers (sont-ils pour autant des hedge funds?). Il n'existe en définitive aucun critère universellement accepté qui permettrait de définir un hedge fund.

Pour autant, la définition d'un hedge fund n'est pas qu'une question de sémantique mais a également une conséquence directe sur les décisions d'investissement entre les différentes classes d'actifs traditionnelles (actions, obligations, marché monétaire, devises...) lors de la construction d'un portefeuille diversifié. Si les hedge funds forment une classe d'actifs distincte et identifiable, il conviendrait de prendre en compte leur impact dans les décisions d'allocation. Au contraire, s'ils ne constituent qu'un moyen parmi d'autres d'obtenir une exposition aux risques et rendements inhérents à ceux d'autres instruments plus classiques, ils devraient être alors perçus en fonction de leur exposition aux classes d'actifs sous-jacentes.

La grande diversité des stratégies d'investissement nous conduit à penser qu'il faudrait arrêter de parler de hedge funds de manière générique pour, au contraire, se focaliser sur les actifs sous-jacents dans lesquels ces fonds investissent. En effet, l'industrie des hedge funds est extrêmement hétérogène et offre des produits spécialisés permettant de construire une exposition à des classes d'actifs traditionnelles avec un profil rendement - risque spécifique et dans certains cas seulement à des classes d'actifs réellement alternatives (par cela nous entendons décorréler des classes d'actifs classiques). Cette approche permettrait de réallouer chaque type de stratégie alternative au sein d'une classe d'actifs classiques quand cela est nécessaire et aussi d'éviter les écueils relatifs au mélange dans la même catégorie d'actifs de hedge funds avec un profil de risque actions, immobilier ou encore devises. Malheureusement, le terme hedge fund continue à être utilisé de manière générique et l'idée réductrice que les hedge funds sont une classe d'actifs dessert l'ensemble de l'industrie.

Investir est une science qui combine d'une part compréhension du monde des affaires et des activités opérationnelles qui en découlent et d'autre part théories financière et économique. Ne pas se prévaloir de cette réalité a conduit à la désillusion de nombreux investisseurs. Cependant, l'utilisation correcte de la gestion alternative a aussi bénéficié à de nombreux gérants. De manière générale, sur la période de janvier 1994 à octobre 2008, le MSCI World Index USD a réalisé une performance annualisée de 3,22% tandis que le Credit Suisse Tremont Hedge Fund Index a réalisé une performance annualisée de 9,15%. Sur la même période, les stratégies dites alternatives d'arbitrage de convertible ou celles spécialisées dans les marchés émergents (corrélées au MSCI World Index respectivement 0,41 et 0,59) ont eu un rendement annualisé respectivement de 5,72% et 6,9%. Néanmoins, les stratégies Global Macro, qui ont une corrélation de 0,25 avec le MSCI World Index, ont connu un rendement annuel de 12,42% sur la même période.

La crise financière qui a débuté il y a plus d'un an nous offre une excellente opportunité d'analyser les résultats des principales stratégies alternatives et de savoir si les gérants de hedge funds ont maintenu leur capacité de résistance aux crises et d'offre de résultats décorrélés des classes d'actifs traditionnelles. Cela est vrai dans certains cas comme pour les fonds Global Macro cités ci-dessus, mais aussi pour les fonds CTA qui, par exemple, à fin octobre 2008, ont connu une performance depuis le début de l'année de 10,80% (selon l'indice CTA de Barclays) alors que l'indice Hedge Fund de Barclays et le S & P 500 perdaient respectivement 19,14% et 32,84%. L'industrie de la gestion alternative doit donc évoluer vers une plus grande transparence des risques propres aux différentes stratégies. Une approche commune telle celle de se référer de manière générique aux indices hedge funds n'est pas suffisante. Certains indices regroupent différents styles de stratégies alternatives qui ne sont pas comparables.

Dans les mois prochains, les investissements dans la gestion alternative vont ralentir et de nombreuses sociétés de gestion seront amenées à disparaître, n'ayant pu réaliser de performance ou préserver le capital des investisseurs. Mais, à moyen terme, des besoins pour la gestion alternative demeureront et une attention particulière devra être apportée sur les risques sous-jacents de chacune des stratégies.

La bonne nouvelle est que des performances absolues peuvent être réalisées par des investisseurs qui consacreraient suffisamment de ressources dans l'étude des risques existants face aux profits attendus. Un moyen d'y parvenir serait d'accentuer l'attention apportée aux actifs sous-jacents et leur corrélation aux classes d'actifs classiques et de mieux contrôler les risques opérationnels qui sont déterminants dans des fonds non régulés afin de mieux répartir les différentes stratégies de gestion alternative au sein d'un portefeuille. Si ceci peut être mis en place, hommes politiques, investisseurs et gérants passeront de bien meilleures fêtes de fin d'année.