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«Ténacité» contre «colères»: la bataille homérique du quinquennat Macron

Aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, l’éloge de la «ténacité» par le premier ministre, Edouard Philippe, n’a pas complètement convaincu. Quatre défis ont notamment été pointés pour juger de la réussite ou de l’échec du quinquennat Macron

Difficile de trouver, sur le campus universitaire d’Aix-en-Provence, un détracteur forcené de la présidence Macron. Sans surprise, la réunion annuelle du Cercle des économistes demeure un creuset d’experts très favorables à l’actuel président français et à sa «disruption» centriste et libérale. Pourquoi, alors, ce sentiment d’insatisfaction après l’intervention en ouverture, ce samedi, du premier ministre, Edouard Philippe?

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Face au philosophe allemand Peter Sloterdjik, ce dernier a vanté «la ténacité» du gouvernement qu’il dirige face aux «colères» qui grondent. Une antienne reprise par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, pour qui «la phase 2 du quinquennat dépendra des partenaires sociaux et de la mise en œuvre des mesures déjà votées et adoptées».

Ténacité, pas entêtement

Macron année 1, où la volonté de poursuivre l’effort entrepris en se montrant plus inclusif, pour enrayer la nette baisse de popularité présidentielle de ces dernières semaines? «Jusque-là, le président n’a pas commis d’erreur majeure, juge un des experts proches de l’Elysée. Le problème est qu’il doit faire maintenant passer un message différent du seul discours sur l’efficacité et les réformes. La ténacité paiera seulement si elle est comprise, et non perçue comme de l’entêtement.»

Aux Rencontres économiques d’Aix, quatre domaines ont, entre autres, été pointés comme décisifs pour la future réussite du quinquennat sur le plan économique et social: la capacité de l’exécutif à baisser de manière convaincante et durable les dépenses publiques, la pédagogie dont il faudra faire preuve pour «vendre» aux Français la grande réforme des retraites attendue pour 2019, la réforme de l’assurance chômage pour l’étendre aux indépendants et la réussite des privatisations annoncées, dont celle de la Française des Jeux (concessionnaire public du Loto et des jeux d’argent).

«Aller au-delà des engagements»

Côté social, une rencontre est prévue à la mi-juillet avec les partenaires sociaux pour faire un bilan post-réforme de la SNCF, alors que les grèves perlées continuent de perturber le trafic ferroviaire en période estivale. «Notre axe de réforme jusque-là a été de faire appliquer les engagements pris durant la campagne présidentielle, a pointé la ministre Muriel Pénicaud lors d’un échange avec la presse. Maintenant, il faut aller au-delà. Nous serons à l’écoute des propositions.»

Devoir expliquer, puis expliquer, puis expliquer est normal en démocratie. Il n’y a pas de problème de perception

En ouverture, volontiers lyrique, le premier ministre français avait pour sa part cité Ulysse et L’Odyssée d’Homère, faisant l’éloge de la «ténacité» chère au héros grec comme le meilleur rempart contre les colères ambiantes. «Devoir expliquer, puis expliquer, puis expliquer est normal en démocratie. Il n’y a pas de problème de perception. Il y a le débat et la liberté de penser», a-t-il défendu au début des discussions aixoises, alors que son gouvernement est accusé d’être passé en force sur le dossier de la SNCF.

Echéances électorales en vue

Le calendrier. La perception. Les délais entre la décision de réformer et les effets desdites réformes. Edouard Philippe y voit à l’évidence le principal écueil de cette présidence qui en est encore à ses débuts, mais sera rattrapée bientôt par les échéances électorales: européennes en mai 2019 et municipales au printemps 2020.

«Notre problème est celui de l’exercice du pouvoir au niveau national», s’est justifié l’ancien maire du Havre, venu de la droite et resté proche de son mentor, Alain Juppé. «Le temps manque à cause des scrutins annoncés. L’autorité est plus compliquée à exercer. Et les marges de manœuvre ne sont pas aussi nettes que dans une ville, où un maire peut transformer un quartier en quelques années.»

Accusé d’insensibilité sociale par ses opposants, le chef du gouvernement français a répété sa conviction que des mesures telles que le dédoublement des classes primaires dans les quartiers populaires, ou la réforme du baccalauréat «porteront leurs fruits». La ministre du Travail a pour sa part redit que la réintroduction de l’apprentissage en France «est un choc culturel» qui demandera de la patience. D’où l’importance de tenir un cap: «Emmanuel Macron m’a toujours dit que nous avions un objectif essentiel: faire de la France le pays le plus compétitif et le plus attractif d’Europe», a redit Edouard Philippe.

«Ulysse savait où il voulait aller et il n’a jamais lâché l’affaire» a-t-il plaidé, citant de nouveau Homère. Pas sûr que la France-Pénélope soit prête à attendre sagement, en tissant sa toile, malgré les assauts des prétendants populistes…

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