Le nombre d'heures de travail a baissé inexorablement depuis le début du siècle, plus particulièrement dans les pays industrialisés. Cependant, tout indique qu'un coup de frein est de mise et va stopper cette tendance.

L'Allemagne est graduellement revenue sur sa stratégie de réduire la durée hebdomadaire du travail. En France, pas plus tard que cette semaine, Ségolène Royal, candidate socialiste probable aux élections présidentielles en 2007, a ouvertement contesté la semaine de 35 heures, mise en vigueur pourtant par son propre parti. En Suisse, les travailleurs sont déjà connus pour leur amour du travail. En 1985, ils ont même voté contre la prolongation générale des congés de 4 à 5 semaines et en 2002, ils ont refusé la semaine de 36 heures.

En effet, la recherche du nombre idéal d'heures de travail, plus précisément l'équilibre entre la durée du travail, les salaires et les loisirs, préoccupe de nombreux chercheurs depuis plusieurs années. Le Bureau international du travail (BIT) vient de publier une vaste étude sur la thématique.

Les auteurs ne donnent pas de formule toute faite applicable à chaque situation. Ils font surtout remarquer qu'à l'heure de la mondialisation, de la pression de la compétitivité dans une économie ouverte 24 heures sur 24, sept jours sur sept, les heures de travail deviennent de plus en plus imprévisibles, créant des tensions dans les rapports entre employés et employeurs. La question met également en péril l'équilibre «vie personnelle-vie professionnelle».

L'étude du BIT met en exergue le fait que le temps de travail augmente dans certains pays et diminue dans d'autres, mais partout, la tendance est au développement des heures de travail «atypiques et imprévisibles». Dans les pays industrialisés, les usines n'ont plus besoin de tourner nuit et jour; la production est délocalisée dans les pays à bas coûts de production et les commandes sont passées au coup par coup. Par contre, les secteurs des services (santé, tourisme) nécessitent de plus en plus des travailleurs engagés de façon irrégulière. En Suisse comme en Europe, l'ouverture de certains magasins les dimanches casse encore les habitudes.

L'ouvrage du BIT souligne que les heures atypiques et imprévisibles nécessitent de nouveaux rapports entre employés et employeurs. Sinon, ce phénomène a de quoi créer des tensions entre les deux, chacun ayant des besoins spécifiques par rapport au travail.

Face à ce nouveau phénomène, le BIT tente de définir ce qui pourrait être considéré comme un «temps de travail décent». Il devrait être sain, familial et amical, respectueux de l'égalité des sexes et prendre en compte la compétitivité de l'entreprise tout comme la volonté des travailleurs. Decent working time: New trends, news issues, BIT, Genève, 2006