Vendredi matin, sur CNN, une voix charmeuse parlait du «bon choix pour l'Expo 2010». Qu'on se rassure, ce n'est pas de Nelly Wenger qu'il était question, mais de la ville coréenne candidate à l'organisation de l'exposition universelle. Et, quelques minutes plus tard, à la reprise des «business news», on apprenait que la Corée du Sud affichait une fois de plus un robuste taux de croissance de quelque 7% – principalement généré par ses exportations.

Comment est-ce possible au moment où la demande se contracte aux Etats-Unis et en Europe, principaux marchés importateurs de biens asiatiques? Il n'y a pas de mystère. L'augmentation des achats chinois a plus que compensé la diminution des ventes aux pays développés.

Bref: tant la Chine que la Corée du Sud ont échappé à l'affaissement général de la croissance économique, pour une bonne part grâce à l'importance du marché inter-asiatique. Elles ne sont pas les seules, du reste: à l'exception de l'Indonésie et des Philippines, où l'insécurité règne à des titres divers, les membres de l'ASEAN ont retrouvé toute leur vigueur.

Bien entendu, l'investissement étranger direct joue un rôle très important dans tous ces pays, et la Chine en est le bénéficiaire privilégié. En revanche, l'intérêt pour les actions de sociétés d'Asie du Sud-Est est encore limité aux USA et presque insignifiant en Europe, toutes proportions gardées. Le recours systématique à la notion particulièrement confuse de «marchés émergents» amène à tout confondre. De surcroît, la Chine inspire des craintes particulières. L'immensité des problèmes sociaux et structurels qu'elle est amenée à affronter rapidement dans le cadre de ses engagements à l'OMC soulève autant de questions que la difficulté d'analyser ses sociétés cotées. Pourtant, il y a des spécialistes pour cela, et d'excellents fonds de placement…

L'Asie du Sud-Est connaîtra certes encore beaucoup de difficultés et traversera, elle aussi, des crises cycliques. Mais elle avance désormais sur la pente ascendante, inéluctablement. Pour l'Expo universelle 2010, sans Nelly Wenger, Moscou est encore en lice au côté de Shanghai et de la coréenne Yeosu. Pourquoi ne s'investirait-on pas pour la vigueur et la sève coréennes – la Chine hébergeant pour sa part les jeux olympiques de 2008?