On ne sait pas si les inspecteurs de l'ONU trouveront des armes de destruction massive en Irak. En tous les cas, aujourd'hui déjà, Saddam Hussein a gagné sur un point: l'interminable attente – guerre ou pas guerre? – pèse considérablement sur le moral des investisseurs.

Il serait évidemment difficile de prétendre, à l'image de certains hommes politiques qui se qualifient de volontaristes, que la croissance est là, juste derrière la porte. La semaine dernière a connu son lot de mauvaises nouvelles: chute de la confiance des consommateurs aux Etats-Unis, tableau sombre dressé par la Réserve fédérale américaine, annonce de résultats trimestriels en demi-teinte…

Seulement voilà. Quand on boite, on ne croise que des boiteux. Les investisseurs, eux en dépression, ne voient que des déprimés. A tort. Sur le plan micro-économique, la réalité n'est pas si noire. General Motors et Intel, Yahoo! et eBay – deux dotcoms dans les chiffres rouges en 2001 – ont présenté des résultats plus que satisfaisants. A l'échelon macro-économique, l'Amérique devrait croître de 2,7% durant ce premier trimestre, ce qui n'est pas si mal du tout. Mais les décideurs politiques et économiques, surtout outre-Atlantique il est vrai, mettent tout en œuvre pour stimuler l'activité: plan de relance faramineux de George Bush, baisse agressive des taux d'intérêt par la Fed, augmentation de la production de pétrole décidée par l'OPEP pour pallier les défaillances du Venezuela. Rien n'y fait: la Bourse pique du nez et le pétrole atteint des prix exorbitants.

On est arrivé à un point où la seule chose qui focalise l'attention est l'éventualité d'une guerre en Irak. L'incertitude pèse tant que l'on évoque de plus en plus ouvertement le souhait inadmissible d'une guerre éclair. Même Francis Mer, le ministre français des Finances connu pour sa maladresse, l'a dit mercredi, avec une certaine prudence il est vrai. Mais cela veut dire qu'en attendant, les entreprises peuvent relâcher tous leurs efforts, les consommateurs peuvent déserter les magasins, personne ne le remarquera. C'est désolant.