L'évolution démographique aura un impact économique dramatique au cours des prochaines décennies. D'ici à une trentaine d'années, le nombre de personnes exerçant une activité lucrative devrait se rétrécir de 15% en Europe et de 25% au Japon, selon les prévisions officielles. Parallèlement, l'âge médian devrait grimper à 48 ans en Europe.

Si les implications de ce phénomène sur les systèmes de prévoyance sont suivies de près, d'autres effets sur les marchés sont moins bien appréhendés en raison de la complexité des facteurs en cause. Mais, dans un contexte de progression des salaires, la réduction du potentiel de personnes actives peut entraver sérieusement la croissance d'une économie. Plus grave: l'esprit d'innovation d'une société n'est certainement plus aussi alerte lorsque l'âge des employés approche de la cinquantaine. D'autant qu'une population vieillissante devient à son tour moins réceptive à l'utilisation de nouvelles techniques.

Mais la perspective d'un vieillissement démographique rapide n'est pas sans effet non plus sur le marché des changes, ainsi que le souligne une étude récente de Suzanne Toren, économiste à la Banque Cantonale de Zurich (BCZ). La perspective d'un vieillissement et d'une contraction de la population active pèse en effet sur les monnaies concernées. A ce titre, c'est au Japon que la situation est jugée la plus précaire: le yen devrait subir la pression la plus forte dans les prochaines décennies au seul titre du facteur démographique.

En revanche, les pays d'immigration traditionnels anglo-saxons, et plus particulièrement les Etats-Unis, devraient compter parmi les moins touchés par cette pression, grâce à leur flux d'immigration. Dans cette perspective, la BCZ estime que l'Amérique du Nord et le dollar resteront une zone d'investissement attrayante sur le long terme.

Quant aux pays européens, ils sont loin de former une zone homogène. Alors que l'Allemagne, l'Autriche et surtout l'Italie semblent exposés à une «bombe à retardement démographique» aussi menaçante qu'au Japon, le processus de vieillissement est plus lent au sein de la société britannique. Dans cette perspective, malgré sa surévaluation actuelle par rapport à l'euro, la livre sterling ne devrait pas être lourdement menacée par la dépréciation selon la BCZ.