La première quinzaine de janvier est presque derrière nous et pour certains, les bonnes résolutions prises en début d’année aussi. Selon une étude conduite par le professeur Wiseman de l’université de d’Hertfordshire auprès de 3000 volontaires, nous ne serions que 12% à tenir nos engagements pris lors de la nouvelle année. Autrement dit, 70% des personnes qui s’étaient juré le 31 décembre d’arrêter de fumer, de se coucher plus tôt ou de fréquenter assidûment la salle de sport ont aujourd’hui échoué (ou sont en voie de le faire).

Comme nous, les chefs d’entreprise, les politiciens et les artistes aiment se prêter au rituel des défis annuels. Réalistes, certains, à l’instar de l’humoriste Conan O’Brien, s’engagent à prendre du ventre. D’autres se lancent des défis plus ambitieux. Ainsi, au fils des ans, Mark Zuckerberg s’est fixé comme objectifs l’apprentissage du mandarin (2011), mais aussi manger des animaux abattus exclusivement de ses propres mains (2012), envoyer un message de remerciement par la poste et rencontrer une nouvelle personne chaque jour (2013), lire un nouveau livre chaque deux semaines afin d’en apprendre plus sur l’histoire et les autres cultures et communautés dans différentes régions du monde (2014) et rendre sa maison intelligente et connectée (2015). Ce dernier défi a largement été atteint en 2016. Le patron de Facebook a en effet développé un système d’intelligence artificielle qui lui permet de contrôler les lumières et la température de son domicile, mais aussi sa porte d’entrée qui est équipée d’un dispositif de reconnaissance faciale et qui se déverrouille automatiquement lorsqu’il se tient sur le perron.

Parmi les personnages publics qui non seulement se fixent des défis mais parviennent à les réaliser sans procrastiner citons encore Donald Trump. L’homme d’affaires new-yorkais avait annoncé fin 2015 que sa résolution serait de «continuer à travailler dur pour obtenir des résultats sans précédents». Une phrase sibylline qui a récemment pris tout son sens.

Changer chaque année de résolution

Comment rejoindre le club des 12% de courageux qui parviennent à tenir les engagements qu’ils ont pris envers eux-mêmes? Certains experts conseillent de ne pas prendre le même engagement chaque année. Rien de pire pour le moral, disent-ils, que de se rappeler l’échec cuisant de l’an passé.

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Afin de ne pas se décourager, d’autres conseillent de découper les objectifs en activités plus simples et de s’accorder des récompenses (restaurants, cadeaux) toutes les fois qu’un objectif est atteint. En somme et comme le dit si bien Goethe dans ses Conversations avec Eckermann, «chaque pas doit être en lui-même un but en même temps qu’il nous porte en avant». Ainsi, celui qui souhaite se lever une heure plus tôt commencera par se coucher quinze minutes plus tôt durant une semaine et se lèvera à chaque fois quinze minutes plus tôt. «Souvent, la barre est placée trop haut, note le psychologue genevois Daniel Alhadeff. Il faut aussi se fixer des objectifs réalistes, quitte ensuite à augmenter le défi».

Pour la spécialiste de la psychologie de la motivation Sophie Achard, «less is more»: «Pour parvenir à tenir ses bonnes résolutions, le mieux est tout simplement de n’en prendre qu’une.»

La meilleure résolution: ne pas en prendre

Mais la meilleure résolution reste encore celle que l’on ne prend pas, assure André Muller dans son livre la Technique du succès. Les résolutions «ne sont que des prétextes, des promesses en l’air» dangereuses parce qu’elles donnent l’illusion d’être quelque chose de tangible, d’avoir un sens, de représenter un progrès. «En prenant une bonne résolution, nous tranquillisons notre esprit. Il se tait, comme une foule revendicatrice se tait parfois à la promesse de réformes.»

Pire, qui prend une bonne résolution a tendance à trouver qu’il en a fait suffisamment en l’adoptant et s’estime, dès lors, souvent dispensé de la mettre en pratique. «Un homme résolu n’est pas un homme qui prend des résolutions, c’est un homme qui agit, poursuit André Muller. Pour tout travail important, il ne dit pas «je vais me mettre au travail» mais «je me mets au travail». Il ne dit pas «je serai toujours à jour dans mes tâches» mais «je liquide ce jour même tout mon travail de la journée». La résolution n’est rien, l’acte est tout. Il vaut donc mieux autant que possible ne pas prendre de résolutions du tout et passer directement aux actes. Ce qui n’est pas fait aujourd’hui ne le sera pas demain. Par conséquent, il faut le faire aujourd’hui afin que cela soit fait demain.»

Mais que les éternels procrastinateurs se consolent avec ces paroles de Dostoïevski: «Et qui sait… peut-être que sur terre le but vers lequel tend l’humanité consiste seulement… dans l’acte même de poursuivre un but, autrement dit, dans la vie même, et non dans le but.»

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Se fixer des objectifs, une histoire ancienne

Pourquoi nous fixons-nous des objectifs? L’auteur de la généalogie de la morale Friedrich Nietzsche rappelle que l’être humain a horreur du vide (horror vacui). Il lui faut un but. Et il préfère encore avoir la volonté du néant que de ne point vouloir du tout. Les Babyloniens, près de deux millénaires avant notre ère, auraient été les premiers à avoir eu l’idée de profiter de la nouvelle année pour se fixer des objectifs. La nouvelle année débutait alors à la nouvelle lune, qui suit l’équinoxe de printemps. Mais contrairement à l’homme moderne, leur challenge personnel ne consistait pas à arrêter de fumer ou à perfectionner leur niveau d’anglais. Le défi, pour eux, consistait à rendre le matériel agricole emprunté. Autres temps, autres défis.