La Fédération française de tennis (FFT) a annoncé vendredi la signature d’un partenariat avec Rolex, qui devient «partenaire premium des Internationaux de France de tennis». En 2019, Rolex sera donc le sponsor horloger des quatre tournois du Grand Chelem: l’Open d’Australie (depuis 2008), Roland-Garros, Wimbledon (depuis 1978) et l’US Open (depuis 2017). La marque, par ailleurs liée aux tournois Masters 1000 de Monte-Carlo, Shanghai et Paris (Bercy), ainsi qu’à Roger Federer depuis 2004, se pose clairement en acteur incontournable du circuit professionnel.

Les événements sont désormais mondialisés et les investissements colossaux. Plutôt que de se disperser, les marques investissent un territoire et s’y concentrent

Vincent Chaudel, de l’Observatoire du sport business

«En devenant chronométreur officiel de Roland-Garros, le tournoi le plus important de la saison, Rolex a définitivement renforcé ses liens avec le tennis international», s’est réjoui Arnaud Boetsch, directeur Communication et Image de Rolex, dans un communiqué diffusé par la FFT.

Cet accord, dont aucun détail contractuel n’a filtré (si ce n’est que Rolex «s’est engagée comme à son habitude sur une longue période»), n’est pas une surprise. La semaine dernière, Longines annonçait la fin d’un partenariat de onze ans avec Roland-Garros, et l’on sentait bien que la non-reconduction du contrat n’avait pas été totalement choisie par la firme de Saint-Imier. La FFT, qui a entamé en 2014 de vastes travaux de modernisation et d’agrandissement du site de la porte d’Auteuil, anticipe les revenus futurs de son nouvel outil et renégocie depuis très à la hausse tous ses contrats arrivés à échéance. Rolex avait ainsi repris l’an dernier le tournoi de Bercy, après un long bail de BNP Paribas.

Les joueurs passent, les tournois restent

A Roland-Garros, la FFT travaille également à développer une nouvelle identité visuelle, qu’elle souhaite «immédiatement reconnaissable». Dans le nouveau Central, qui sera inauguré en mai 2019, l’histoire de Rolex porte d’Auteuil s’écrira donc sur une feuille blanche. «Les premières images de ce nouveau Roland-Garros vont s’exporter partout et pour longtemps, prévient Vincent Chaudel, de l’Observatoire du sport business. C’est particulièrement bien vu de s’y associer maintenant.»

Le moment pourrait pourtant paraître risqué, alors que Roger Federer et Rafael Nadal, qui portent le tennis mondial à bout de raquette depuis 2004, se rapprochent lentement mais sûrement de la fin de leur carrière. «Justement, Rolex ne mise pas sur un joueur mais sur des tournois, souligne Vincent Chaudel. Mercredi soir à Bercy, Nadal a déclaré forfait, tout comme l’adversaire de Federer. J’y étais et je peux vous dire que ce n’était plus la même ambiance. L’après-Federer risque d’être très délicat pour le tennis mondial. La période actuelle est en outre un peu trouble avec l’évolution du format de plusieurs compétitions. Il y aura sûrement de la casse; par contre, les tournois du Grand Chelem semblent à l’abri parce qu’ils ont quelque chose d’immuable.»

Le tennis, un circuit mondial très efficace pour accéder à différents marchés

Wimbledon, l’US Open, l’Open d’Australie et, à un degré moindre, Roland-Garros (qui s’efforce de rattraper son retard) sont des monstres économiques, tous bien plus puissants que les autres tournois de l’ATP et de la WTA, et même que la Fédération internationale de tennis (ITF). Malgré son manque de visibilité sur le moyen terme, le tennis demeure un circuit mondial très efficace pour aller à la rencontre des différents marchés, notamment asiatiques. Les tournois du Grand Chelem sont mixtes et permettent de jouer sur deux tableaux, masculin et féminin.

Quarante ans après son apparition à Wimbledon, dix ans après un deuxième jalon à Melbourne, Rolex boucle donc en deux ans une sorte de Grand Chelem du marketing. «C’est la tendance actuellement dans le sport, estime Vincent Chaudel. Les événements sont désormais mondialisés et les investissements colossaux. Plutôt que de se disperser, les marques investissent un territoire et s’y concentrent. BNP Paribas a eu une stratégie comparable en s’associant d’abord avec Roland-Garros, puis avec la Coupe Davis, puis avec le tournoi de Bercy. Ils avaient même poussé la démarche jusqu’à la campagne «We Are Tennis» avec John McEnroe sur les réseaux sociaux.»

Cet accord incitera-t-il Roger Federer, très lié à Rolex, à revenir à Roland-Garros, auquel il n’a plus participé depuis 2014? «Il est obligé de repasser par Roland-Garros», a déclaré vendredi Arnaud Boetsch, impressionné par l’accueil de rock star reçu jeudi par le Bâlois pour son premier match parisien depuis trois ans. Un souhait d’amateur de tennis plus que de sponsor. Federer, qui cloisonne totalement ses divers intérêts et activités, a souvent par le passé renoncé à des tournois organisés par ses partenaires.