La semaine prochaine sera-t-elle cruciale pour l’avenir de Tidjane Thiam à la tête de Credit Suisse? C’est ce qu’avançait Bloomberg vendredi soir. Selon les informations de l’agence de nouvelles, le conseil d’administration doit se réunir alors que la tension serait au plus fort entre le directeur général et le président, Urs Rohner. Ce dernier serait en train de préparer une liste de successeurs possibles au Franco-Ivoirien, sous pression depuis qu’a été révélée l’affaire des filatures cet automne. Des informations que Credit Suisse a niées.

Un plan d’urgence pour remplacer Tidjane Thiam à court terme existe déjà, mais aucun changement n’est imminent, selon une autre source. Tout a commencé lorsque l’ex-responsable de la gestion de fortune, Iqbal Khan, désormais chez UBS, s’est plaint d’être suivi par son ancien employeur. Le bras droit de Tidjane Thiam, Pierre-Olivier Bouée, avait ordonné cette surveillance, puis avait démissionné alors qu’elle était apparue au grand jour. Credit Suisse a toujours affirmé que son directeur général et son président n’avaient pas été mis au courant, ni de cette filature ni d’une autre organisée à l’encontre de l’ancien chef des ressources humaines. Des affirmations qui n’ont pas vraiment réussi à convaincre, même si deux enquêtes indépendantes l’ont assuré.

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Alors qu’Urs Rohner serait en quête d’un remplaçant de Tidjane Thiam, ce dernier et ses alliés commenceraient à faire pression pour qu’il se retire à la fin prévue de son mandat en 2021 et que le conseil se mette à la recherche d’un nouveau président «capable de travailler avec le management». C’est ce qu’a notamment demandé David Herro, vice-président de Harris Associates, l’un des plus importants actionnaires de Credit Suisse, ajoute Bloomberg. Urs Rohner est président depuis 2009. Représentant souvent de façon inofficielle les investisseurs du Qatar et d’Arabie saoudite, d’après la SonntagsZeitung, Harris Associates soutient Tidjane Thiam: «ll n’existe aucune raison de changer un directeur général qui a du succès et qui n’a été impliqué dans aucun méfait», a dit David Herro à Bloomberg. Or, selon le Tages-Anzeiger, Tidjane Thiam pourrait lui-même décider de jeter l’éponge.

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Fin décembre, la Finma a annoncé la nomination d’un enquêteur indépendant dans cette affaire qui est partie d’un différend entre Tidjane Thiam et Iqbal Khan qui aurait éclaté en janvier de l’année dernière. Le but? «Clarifier auprès de la banque des questions de gouvernance d’entreprise importantes au regard du droit de la surveillance.» L’autorité a déjà prévenu que l’investigation prendrait plusieurs mois.

Aux filatures de quelques employés s’est ajoutée une surveillance d’un autre genre. Selon la SonntagsZeitung, Credit Suisse aurait également infiltré Greenpeace. L’organisation avait fait un coup d’éclat à l’assemblée générale de la banque en 2017, déroulant une immense banderole contre les investissements dans le pipeline du Nord Dakota. Credit Suisse aurait voulu se tenir ainsi au courant des actions prévues et s’en protéger.