Le conflit opposant Google à la France s’envenime. Au point que, mercredi, une porte-parole du gouvernement a annoncé la nomination prochaine d’un médiateur entre les deux parties. Si celui-ci devait échouer dans son mandat, la France pourrait légiférer et imposer une taxe au moteur de recherche. Sur fond de conflit ouvert à propos de la répartition du gâteau publicitaire entre éditeurs et Google, Le Canard enchaîné a mis de l’huile sur le feu mercredi. L’hebdomadaire a affirmé que la firme américaine était sous le coup d’un redressement fiscal à hauteur d’un milliard d’euros (1,20 milliard de francs).

Au vu de ces événements, la réunion, lundi, entre François Hollande et Eric Schmidt n’a certainement permis aucune avancée dans les deux dossiers sources de tension. Il y a d’abord le conflit fiscal. Selon Capgemini, Google aurait réalisé un chiffre d’affaires d’environ un milliard d’euros en France en 2011. Et ce, pour des impôts estimés à 5 millions d’euros.

Google dément

L’Hexagone fait actuellement le forcing pour rapatrier dans le pays des impôts qui partent à l’étranger. En juin 2011, une descente de police avait été effectuée dans les locaux de Google, à Paris. Objectif: démontrer que des activités enregistrées en Irlande étaient en réalité effectuées en France. Car sur le milliard de chiffre d’affaires réalisé en France, seuls 10% environ seraient déclarés dans l’Hexagone.

C’est dans ce cadre qu’est intervenue la révélation du Canard enchaîné, immédiatement démentie par Google. Le moteur de recherche affirmait mercredi n’avoir reçu aucune notification de redressement fiscal.

Le débat est exactement le même en Grande-Bretagne. Lundi, des parlementaires examineront les pratiques fiscales de Starbucks et Google. Le premier est accusé de n’avoir payé que 8,6 millions de livres d’impôts depuis 1998. Le second est soupçonné d’avoir réalisé un chiffre d’affaires de 396 millions de livres en 2011, pour des impôts de 3,5 millions. L’astuce fiscale est la même qu’en France: rapatrier des profits vers l’Irlande, puis les dévier vers des paradis fiscaux, avant de les renvoyer en Europe. D’autres sociétés high-tech, tels Apple et Microsoft, sont aussi accusées d’effectuer les mêmes tours de passe-passe fiscal – en toute légalité, et pour des taux d’imposition finaux qui flirtent avec les 3%, selon une enquête de Bloomberg.

Menace de boycott

Sur le front du conflit entre Google et les éditeurs, rien n’avance. Le moteur de recherche menace toujours de ne plus référencer les médias en cas d’instauration d’une taxe visant ses revenus. De leur côté, les éditeurs, dont une partie du contenu est affichée dans «Google Actualités», réclament d’être rémunérés par la firme américaine. Celle-ci estime au contraire qu’ils lui sont redevables pour tout le trafic acheminé ainsi vers leurs sites.