Une hausse de 19,9% lundi, suivie d’une autre de 13,7% mardi. Jamais Tesla n’avait flambé pareillement en bourse. Même si son titre était en baisse de 18% mercredi à Wall Street – en raison de retards de livraison dus au coronavirus –, le fabricant californien de voitures électriques haut de gamme vaut aujourd’hui, à lui seul, davantage que General Motors, Ford, Fiat Chrysler, Renault ou PSA Peugeot… Valorisé à 160 milliards de dollars alors qu’il ne parvient pas encore à produire un demi-million de véhicules par an, Tesla suscite un engouement, pour certains analystes, irrationnel.

Car Tesla est encore un nain au niveau mondial. En 2019, il a certes produit 50% de voitures en plus que l’année précédente, pour atteindre les 367 500 unités. Mais c’est encore un chiffre 30 fois inférieur à ceux affichés par Volkswagen (11 millions de véhicules) ou Toyota (9 millions sur les onze premiers mois de 2019). Minuscule à l’échelle mondiale, le constructeur californien l’est tout autant sur le marché suisse. Ainsi, 6000 Tesla y ont été immatriculées en 2019: c’est certes le quadruple par rapport à 2018, mais ce n’est surtout que 1,9% du total helvétique (et 46% de l’ensemble des voitures électriques vendues en Suisse en 2019).

Production en hausse

Tesla est à son plus haut en bourse grâce à une conjonction de facteurs. La rentabilité, d’abord. Le groupe basé à Fremont, qui n’a jamais dégagé de profit annuel depuis sa création en 2003, vient de boucler deux trimestres consécutifs dans le vert. Il prévoit désormais de continuer à être rentable, hormis les périodes précédant le lancement de nouveaux modèles – dont le Cybertruck, présenté fin 2019.

L’augmentation des capacités est un facteur capital pour Tesla, qui veut produire 500 000 véhicules cette année. Pour y parvenir, la nouvelle usine de Shanghai sera importante. En janvier, les premières voitures construites sur place étaient remises à des clients chinois. L’usine fabrique actuellement plus d’un millier de voitures par semaine et Tesla espère en produire le double l’an prochain. L’usine de Berlin doit quant à elle être active dès début 2021. Et alors que la production du Model 3 bat son plein, celle du Model Y – un SUV – doit commencer l’année prochaine en Chine et en Allemagne. «Tesla a le potentiel pour atteindre le million de véhicules livrés par an, qui paraissait hors d’atteinte, avec deux ans d’avance sur nos projections initiales», selon Daniel Ives, du cabinet Wedbush Securities.

Lire aussi: Le Cybertruck, symbole de la résilience de Tesla

Avance conservée

Ce faisceau de bonnes nouvelles s’accompagne d’un autre élément capital: Tesla ne se fait pas phagocyter par des constructeurs historiques. Il y a deux ans, de nombreux observateurs estimaient que la volonté de Ford, VW ou GM d’électrifier rapidement leur gamme allait causer du tort au fabricant californien. Pour l’heure, il n’en est rien, malgré le lancement de plusieurs modèles électriques. Prenons les Etats-Unis: selon une récente étude de Bloomberg, Tesla détient encore 60% du marché américain purement électrique. De 2014 à 2017, le constructeur californien ne revendiquait en moyenne que 30% de ce marché. Les livraisons du Model 3, dès la fin de 2017, ont permis à Tesla de doubler ses parts. Et depuis mi-2018, le constructeur est parvenu à défendre ses 60% de parts.

Lire également: Tesla espère livrer plus de 500 000 voitures en 2020

La société est ainsi en train de gagner sa course contre la montre: elle augmente ses capacités de production pour tenter de rester à long terme un acteur majeur du marché de l’électrique, profitant du faible nombre de modèles lancés par ses concurrents. Loin de se faire dévorer, Tesla apparaît ainsi plus solide qu’il y a deux ans pour jouer dans la cour des grands. «Malgré les retards de production passés, les pénuries de pièces, les dépassements de coûts de main-d’œuvre et d’autres difficultés, nous nous attendons à ce que Tesla profite de sa position dominante dans l’industrie des véhicules électriques et améliore ses performances en 2020 et au-delà; écrivait dans une note un analyste de la société américaine Argus Research.

«Actions surévaluées»

Mais rien n’est acquis: certains analystes estiment que Tesla est surcoté. «On est passé d’un récit où Tesla disrupte de multiples industries à Tesla qui est un constructeur automobile de nouvelle génération rentable et en pleine croissance. Même si c’était vrai, nous pensons que les actions sont nettement surévaluées en tant que constructeur automobile», estime un analyste de Barclays.