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Tesla tient le choc face à la concurrence. Mais pour combien de temps encore?

Le fabricant américain de voitures électriques ne parvient toujours pas à tenir ses promesses de production pour le Model 3. Il résiste face à General Motors, mais cela risque de ne pas durer

Les mauvaises langues affirmaient qu’Elon Musk est certes capable d’envoyer une Tesla dans l’espace, comme il l’a prouvé dans la nuit de mardi à mercredi, mais qu’il a les pires difficultés à envoyer ses voitures dans les garages.

En annonçant, dans la nuit de mercredi à jeudi, ses résultats pour 2017, le directeur et important actionnaire de Tesla s’est voulu optimiste: «Si nous pouvons envoyer une Tesla vers la ceinture d’astéroïdes, nous pouvons certainement résoudre les problèmes de production de notre Model 3.»

Retards accumulés

Mais pour l’heure, rien n’est résolu. Bien au contraire. Le Model 3, vendu 35 000 dollars et pour lequel plus de 450 000 personnes ont versé un acompte de 1000 dollars, n’a été produit qu’à 2425 unités et vendu à 1550 unités lors du quatrième trimestre 2017.

Ce modèle, qui doit permettre au fabricant californien de devenir un constructeur d’envergure mondiale, ne cesse d’accumuler les retards. Désormais, Tesla promet d’en produire 2500 par semaine au premier trimestre et 5000 exemplaires par semaine à la fin du deuxième. En juillet 2017, Elon Musk promettait 20 000 véhicules conçus en décembre de la même année. Il y a deux ans, la promesse était d’un demi-million d’unités produites en 2018. Elle n’est plus d’actualité.

Au niveau de GM

Cette succession de promesses non tenues n’effraie pas les investisseurs, l’action de Tesla, à 345 dollars, étant proche de son niveau record de juin 2017, à 385 dollars. Surtout, sa capitalisation boursière (58 milliards de dollars) flirte avec celle de General Motors (60 milliards). A la différence près que Tesla a vendu 103 000 véhicules l’année passée, contre… 8,9 millions pour General Motors (GM).

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«Tesla n’a pas réalisé ce qu’il avait promis. Mais cela compte-t-il vraiment? Pas aux yeux des investisseurs, ni aux yeux des clients qui ont déposé une avance. Mais lorsque les investisseurs n’injecteront plus d’argent dans Tesla, ce sera un souci», estimait un analyste du site Autotrader.com.

Mais avec 3,4 milliards de dollars de réserve, Tesla risque de se retrouver, à moyen terme, à court de liquidités – en 2017, le constructeur a perdu 1,96 milliard de dollars et le constructeur ne dit pas quand il sera profitable. Son chiffre d’affaires a en revanche crû de 68% sur l’année, à 11,76 milliards.

Dans le top 3 mondial

Côté marché, le constructeur américain tient aussi le choc. Malgré la concurrence des constructeurs chinois, malgré le lancement, par GM, de son modèle électrique Bolt à 30 000 dollars fin 2017 et malgré les initiatives prises par VW, Nissan ou BMW sur ce marché, Tesla est encore dans le coup. Il est demeuré dans le top 3 mondial des véhicules électriques en 2017, derrière les chinois BYD et BAIC.

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Et sur le marché américain, où General Motors est plus agressif, Tesla est encore dominateur. Ainsi, lors du quatrième trimestre, GM a vendu 8995 Bolt, contre 7430 Model S et 6025 Model X de la part de Tesla. Et sur le seul mois de janvier, Tesla a placé ses trois modèles dans le top 4 américain, le modèle Chevrolet Bolt figurant en deuxième position.

Des mois difficiles à venir

Selon les analystes, Tesla risque cependant de souffrir dans les mois à venir, notamment face à GM. La société d’Elon Musk, qui prépare un semi-remorque et un roadster, aura de la peine à accroître ses capacités de production pour absorber tous ses nouveaux modèles. GM ne semble pas avoir de soucis pour produire davantage de modèles Bolt et en parallèle, Nissan commence actuellement à vendre son modèle électrique Leaf aux Etats-Unis.

De manière ironique, Tesla risque aussi de se faire dépasser par GM et d’autres sociétés sur le plan de la technologie. Fin janvier, un rapport de la société de recherche américaine Navigant classait le système Autopilot de Tesla dernier sur les dix-neuf systèmes testés. La dernière version d’Autopilot – qui permet une conduite en mode semi-autonome – «a stagné, voire régressé depuis son lancement fin 2015», selon ce rapport. «Tesla possède une excellente vision, mais n’a pas montré comment réaliser cette vision de manière constante», estime Navigant.

Ainsi, les systèmes autonomes et semi-autonomes de GM, Ford ou Uber sont jugés meilleurs que ceux de la société d’Elon Musk. De manière générale, la commercialisation des premiers modèles autonomes est attendue pour 2020.

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