éditorial

Le test du redressement productif

La réponse du gouvernement au drame d’Aulnay, et plus largement à la façon de restaurer la compétitivité du pays, confirmera que la voie prise est, ou pas, la bonne

Une page de l’histoire industrielle française se tourne. La dernière fermeture d’usine automobile remontait à 1992. Renault abandonnait alors BoulogneBillancourt.

L’éternel rival, PSA, affronte à son tour cette situation. Le site d’Aulnay avait ouvert il y a presque quarante ans.

Le deuxième constructeur européen, qui fabrique les Peugeot et les Citroën, paie pour ses erreurs stratégiques et pour un marché en forte surcapacité. Selon les estimations, l’Europe produit jusqu’à 2 millions de voitures de trop. Renault, Fiat et GM souffrent aussi, Volkswagen et son génie marketing constituant l’exception qui confirme la règle dans un marché plus que développé. Cependant PSA souffre davantage. Faute de commandes, ses usines tournent au ralenti, et le groupe perd tellement d’argent qu’il est en train de sombrer. D’où l’annonce de fermeture officialisée ce jeudi, et un nouveau train de suppressions de postes.

Le drame est bien sûr aussi humain, et familial. Des pères, des fils, des oncles, des tantes travaillent pour ce qu’ils prenaient pour leur autre famille, les Peugeot.

En France, comme à l’accoutumée, tous les regards se tournent à présent vers l’Etat. On imagine facilement que, s’il était resté au pouvoir, Nicolas Sarkozy serait monté aux barricades, sur les abords des sites de production, pour promettre de sauver Aulnay, Rennes et les autres.

La question se pose à présent au nouveau gouvernement. La réponse permettra de savoir ce que Paris entend par «redressement productif». Arnaud Montebourg, à la tête de ce ministère au nom improbable, a déjà fait savoir qu’il n’acceptait pas le plan de PSA. A l’inverse, le ministre du Travail, Michel Sapin, a indiqué que l’Etat n’avait pas à se substituer aux entreprises. Qu’il devait cependant accompagner, aider les employés victimes de cette restructuration.

Dès lors, ou Paris prend le risque de monter sur un bateau qui coule. Ou Paris préfère envoyer sa flotte pour ramener les naufragés à bon port.

La France a encore les moyens d’agir. Ses finances publiques ne sont certes pas florissantes, mais cette semaine les marchés lui ont prêté de l’argent à un taux d’intérêt négatif. Le pays a ainsi rejoint le cercle restreint des Etats qui, comme l’Allemagne ou la Suisse, inspirent encore le crédit des épargnants. Les premières déclarations du président Hollande, qui a maintenu l’objectif d’assainissement des comptes, expliquent cette confiance. La réponse au drame d’Aulnay, et plus largement à la façon de restaurer la compétitivité du pays, confirmera que la voie prise est, ou pas, la bonn e.

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