Les temps changent dans le monde très fermé du «private equity». Texas Pacific Group (TPG), la société américaine de capital-investissement, se dévoile. Ses fondateurs, David Bonderman (62 ans) et Jim Coulter (45 ans), se confient dans un article publié mercredi dans le Wall Street Journal (WSJ). On y apprend que David a fêté, il y a deux ans, ses 60 ans en compagnie d'une centaine d'invités conviés à un concert donné en son honneur par les Rolling Stones à Las Vegas. Quant à Jim, il n'hésite pas à emmener ses trois enfants découvrir les tortues. C'est là que le plus visionnaire des deux trouverait son inspiration.

Ces indiscrétions ressemblent peu à cette société très discrète. Aucun site ne vante ses activités sur Internet. Son nom est pourtant évoqué à chaque fois qu'une entreprise traverse une passe difficile aux Etats-Unis ou ailleurs. Encore récemment, la rumeur faisait état de son entrée dans le capital de Swiss. Une opération pas insensée sachant que le rachat de Continental Airlines fut le premier fait d'armes des deux partenaires en 1993.

Depuis, ils ont levé près de 15 milliards de dollars et leur société compte 60 spécialistes actifs dans le monde entier. Ils contrôlent des entreprises totalisant un revenu annuel de 40 milliards, relève le WSJ. Une de leurs dernières acquisitions, Burger King, n'est pas des moindres. En Suisse, la société possède le groupe de mode Bally (racheté à Oerlikon-Bührle en 1999) et Gate Gourmet (repris en 2002 au moment de la faillite de Swissair).

Des «belles endormies» que TPG entend remettre sur pied. Pour mener à bien cet objectif, la société de capital-investissement, comme le reste de l'industrie, se donne environ cinq ans. Une courte période pendant laquelle le contrat est clair: nous devenons actionnaire majoritaire et fournissons le financement mais, en contrepartie, vous devez être très rapidement rentable, exige-t-elle. Les entreprises rachetées doivent, dès la première année, dégager en moyenne un taux de retour sur investissement d'environ 25%.

Une barre placée très haut pour des sociétés en difficulté. D'où le traitement de choc appliqué à certaines d'entre elles: licenciements, fermetures d'usines ou changement total de management (Burger King a connu trois patrons depuis sa reprise en décembre 2002). Le bras de fer engagé entre la direction de Gate Gourmet et ses employés genevois cette année à propos d'une nouvelle convention collective de travail (CCT) illustre bien cette pratique. Il n'y a pas de petites économies. L'image d'un actionnaire exigeant et sans pitié n'est pas usurpée. Les résultats obtenus nuancent cependant cette réputation. En moyenne, les entreprises françaises ayant fait l'objet d'un rachat par un fonds d'investissement voient leurs ventes croître de 30% en quatre ans et leur effectif augmenter de 40%, selon une étude réalisée en 2003 par les cabinets LEK et Constantin et rapportée par Le Monde.

L'importance prise par le «private equity» justifie en tout cas l'intérêt porté à TPG. De taille confidentielle, le secteur est devenu un marché à part entière. Il y a cinq ans, la plupart des acquisitions étaient réalisées par des entreprises rachetant leurs concurrents. Les sociétés d'investissement comme TPG étaient impliquées dans seulement 4% des opérations de rachats aux Etats-Unis (1570 milliards de dollars) en 1999, selon le WSJ. Depuis, les dépenses consacrées aux acquisitions ont certes baissé de 40%, il n'empêche que TPG et ses concurrents (les groupes Blackstone, Carlyle, KKR…) réalisent aujourd'hui 14% d'entre elles aux Etats-Unis, selon le consultant Dealogic. La volonté de recentrage des grands groupes industriels a profité à ces investisseurs qui présentent un avantage non négligeable: ils ne sont pas des concurrents directs.

Rois du capitalisme

Et ce n'est pas terminé. The Economist relevait récemment que l'utilisation du terme «private equity» avait augmenté cette année de 60% dans les journaux financiers anglo-saxons par rapport à 2002, et de plus de 3000% sur les dix dernières années. L'hebdomadaire n'hésite pas à présenter ces investisseurs comme «les nouveaux rois du capitalisme». Juste ou faux? Une certitude se dégage: l'industrie intéresse toujours plus. Avec un retour sur investissement de 55% avant déduction des commissions, TPG a de quoi séduire les investisseurs institutionnels. Des acteurs qui reprochent le manque de communication et de transparence de ces fonds. Un appel en partie entendu par TPG.