Le courant ne passe plus entre Pékin et Washington. Les dirigeants des deux capitales multiplient les rencontres mais leur confiance réciproque a été éprouvée ces dernières semaines. Après la réunion annuelle de leur Commission conjointe sur le commerce mi-juillet, qui n'avait abouti qu'à la signature d'un accord mineur, leur première série de dialogues stratégiques bi-annuels a débuté hier à Pékin. L'envoyé américain, Robert Zoellick, a rencontré dimanche le premier ministre chinois Wen Jiabao en amont des opérations officielles, puis le vice-ministre des Affaires étrangères lundi. Les discussions se poursuivent aujourd'hui.

Le choix d'un diplomate aussi réputé que le secrétaire d'Etat adjoint Robert Zoellick prouve l'importance donnée par Washington à cette réunion. Sa connaissance des affaires chinoises – il avait participé aux négociations sur l'entrée de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce – ne sera pas superflue.

Le protectionnisme américain s'affirme chaque jour un peu plus face à la peur provoquée par la montée en puissance de la Chine. Le vote à une écrasante majorité des membres du Congrès d'une résolution demandant à l'administration Bush d'empêcher le rachat du pétrolier américain Unocal par son concurrent chinois Cnooc pour des motifs politiques et géostratégiques l'illustre clairement.

Ce geste avait provoqué une réponse indignée, et peu diplomatique, du Ministère des affaires étrangères: «Nous demandons que le Congrès américain corrige ses vues erronées sur la politisation d'affaires économiques et commerciales et arrête d'interférer dans les échanges commerciaux normaux entre les entreprises des deux pays.» Un point de vue régulièrement répété depuis par son porte-parole et la presse officielle nationale.

Cet écart reste pourtant le seul des autorités chinoises. Depuis quelques semaines, elles multiplient les gestes de bonne volonté à l'intention de leur partenaire commercial. La réévaluation du yuan annoncée il y a dix jours apparaît comme le plus probant. D'autant qu'il était réclamé depuis longtemps par les dirigeants américains, George Bush en tête. Preuve de l'ouverture de Pékin, ces derniers auraient été, selon l'Associated Press, préalablement mis au courant par la Banque centrale chinoise du mouvement à venir.

Le secteur du textile est également au centre d'intenses négociations bilatérales. Le désir d'arriver avec Washington à un accord de même type que celui signé le 11 juin avec Bruxelles, selon le ministre du Commerce Bo Xilai, montre son intention d'éviter l'affrontement généralisé et la guerre commerciale.