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Les détenteurs de jetons Tezos peuvent voter sur la direction que prendra la blockchain et sur les améliorations qui lui seront apportées.
© DADO RUVIC / Reuters

Fintech

Comment Tezos veut éviter les conflits à l’avenir

Lancée fin juin, la blockchain de la start-up americano-zougoise se veut différente, dans la technologie et surtout la gouvernance. Les explications du président de la Fondation Tezos, Ryan Jesperson

«We are baking!» («nous faisons cuire!»). C’est un véritable cri de joie qui a déferlé sur les réseaux sociaux le 30 juin dernier. C’est ce jour-là que la blockchain de Tezos a été lancée. Sur le réseau de la start-up americano-zougoise, contrairement aux autres acteurs de la cryptoéconomie, la validation des opérations ne se dit pas «miner», mais «faire cuire», en référence à l’amour de la bonne chère des initiateurs de ce projet longtemps bloqué par un conflit de personnes. Le nouveau président de la Fondation Tezos, l’Américain Ryan Jesperson, explique au Temps pourquoi cette blockchain est différente et comment sa gouvernance doit éviter les différends à l’avenir.

C’est une question de mois avant que Tezos lance sa blockchain sous sa forme définitive, assure Ryan Jesperson. Tezos, c’est la promesse d’une blockchain dotée d’une plus grande capacité de traitement des opérations que les systèmes existants, tout en étant moins gourmande en électricité. Sur cette base, le projet avait défrayé la chronique à l’été 2017, en levant l’équivalent de 232 millions de dollars, dans ce qui était à l’époque la plus importante ICO de l’histoire, ces opérations de financement à mi-chemin entre le crowdfunding et l’entrée en bourse.

L’homme de la situation

Son développement a ensuite été bloqué par un conflit entre ses initiateurs – le couple Breitman – et le président de la fondation zougoise, qui avait recueilli les millions récoltés. Plusieurs class actions, engagées aux Etats-Unis par des investisseurs inquiets, sont toujours en cours. Le lancement du réseau Tezos ne vise-t-il pas surtout à les calmer? Ryan Jesperson répond que «ce qui compte vraiment, c’est que le réseau fonctionne complètement et que les utilisateurs du monde entier peuvent dès maintenant envoyer et recevoir des jetons, valider des transactions ou utiliser des contrats intelligents, durant cette phase qui servira également à corriger les bugs».

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Investisseur dans l’ICO de juillet 2017, Ryan Jesperson est apparu comme l’homme de la situation début 2018, au plus fort des tensions. Ancien cadre du secteur de la santé, il avait cofondé une société dans l’informatique, qu’il a vendue en 2013 avant de se consacrer à des projets humanitaires. Et de découvrir la blockchain. «Lorsque j’ai lu le white paper de Tezos, j’ai vu qu’il anticipait des problèmes qui allaient devoir être résolus à l’avenir et qu’une version de test du logiciel existait déjà», se souvient celui qui a également été missionnaire au Chili pour l’Eglise mormone, au tournant du millénaire.

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Fondamentaux solides

Après l’ICO, «déçu des dysfonctionnements de la Fondation Tezos et du manque de ressources mises à disposition du projet», il a notamment payé les notes des avocats suisses de la communauté Tezos, et participé à la création d’une fondation alternative, T2, en apportant personnellement 50 000 dollars, en février dernier. Il prend alors la présidence de la Fondation Tezos, entouré de nouveaux administrateurs, et emménage à Zoug avec sa famille.

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Beaucoup reste à faire au sein de Tezos, qui a récemment choisi PwC comme auditeur, reconnaît le trentenaire originaire de l’Utah. Mais les fondamentaux sont solides, enchaîne-t-il dans un débit de parole quasi ininterrompu. La validation des opérations sur la blockchain Tezos se fait par une preuve d’enjeu (proof of stake), plus écologique que le proof of work, qui requiert de solides équipements informatiques, très consommateurs d’énergie.

La tragédie des biens communs

Surtout, Ryan Jesperson insiste sur la gouvernance mise en place au sein de Tezos, «qui permettra d’accélérer l’innovation, en résolvant la tragédie des biens communs». Cette théorie popularisée par l’écologiste américain Garrett Hardin en 1968 veut que lorsqu’une ressource est détenue par un groupe, chacun de ses membres tend à l’utiliser au maximum, au détriment de l’intérêt commun.

«Ce phénomène a touché internet, et plus récemment les blockchains», affirme encore Ryan Jesperson: «Sur internet, toute la valeur est créée par des applications comme Google et Facebook, mais celles-ci n’ont aucun intérêt à investir pour améliorer la base du web, qui est le protocole TCP/IP. De même, pour le bitcoin ou l’ether, relativement peu de gens travaillent pour améliorer le protocole de base, faute d’encouragement financier à le faire, alors que les lancements de jetons ou les ICO rapportent des millions.»

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L'option retenue par Tezos consiste à «inviter des développeurs informatiques à envoyer des solutions pour améliorer le protocole de base, ainsi qu’une facture correspondante. Chaque solution sera soumise à un vote par les détenteurs de jetons Tezos, qui peuvent déterminer les caractéristiques du réseau. L’auteur d’une solution acceptée sera payé en jetons.» Cette forme de démocratie numérique devrait guider l’évolution du réseau et éviter désaccords ou blocages, conclut Ryan Jesperson.

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