«Si les Allemands nous emmerdent en France avec M6 (la chaîne appartient à Bertelsmann, ndlr.), pourquoi est-ce que nous n'irions pas les emmerder sur le terrain en Allemagne?» Rapportée par Libération, la petite phrase de Patrick Le Lay, PDG de TF1, est aujourd'hui presque réalité. «Presque», car contrairement à la rumeur qui voulait qu'associé à Haim Saban, TF1 rachète KirchMedia, le producteur israélo-américain en a pris seul lundi le contrôle. Mais TF1 «est bienvenu pour s'associer à la transaction au moment qu'ils jugeront opportun», indique l'une des porte-parole du milliardaire, qui a notamment fait fortune dans la production de musique de dessins animés japonais (Goldorak, Power Rangers) et de séries TV (Dallas, Starsky et Hutch).

Un peu plus tôt dans la journée, KirchMedia a en effet annoncé avoir signé un contrat avec Haim Saban, et lui céder 36% (72% des droits de vote) du pôle de télévisions privées ProSiebenSat.1 Media, soit les chaînes ProSieben, Sat.1, Kabel1 et N24, ou autrement dit: 46,4% du marché publicitaire télévisé allemand et environ 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires. KirchMedia prévoit aussi de vendre à Haim Saban son impressionnant catalogue de films (13 000) et de séries (3000). L'accord devrait être signé d'ici à dix jours. Selon différentes sources, le montant total de l'opération – non révélé – oscille entre 1,8 et 2,2 milliards d'euros.

Réunion des créanciers

Haim Saban «n'a pas encore décidé s'il allait lancer une OPA sur le reste du capital de ProSiebenSat.1». 11,5% sont propriété de l'éditeur Axel Springer, qui a fait savoir qu'il n'était pas vendeur, et 52,5% sont cotés en Bourse. Les créanciers de KirchMedia – banques, assurances et studios hollywoodiens – doivent se réunir mercredi pour avaliser l'accord.

L'absence de TF1 a surpris les analystes, le groupe ayant à plusieurs reprises dit son intérêt pour une reprise commune avec Haim Saban. Fin février, Patrick Le Lay évoquait une participation entre 350 et 400 millions d'euros. Selon une source proche du dossier, le groupe envisageait une augmentation de capital, «mais le marché n'étant pas bon pour une telle opération, TF1 cherche d'autres sources de financement». La Une aurait «au moins un mois» pour trouver une solution. Si elle y parvient, l'événement serait historique. Pour la première fois depuis sa privatisation en 1987, TF1 sortirait en effet des frontières hexagonales et s'implanterait dans le plus grand marché européen de l'audiovisuel et de la publicité…