Les Thaïlandais se montrent beaux joueurs. Vendredi matin, Surin Pitsuwan, le chef de la diplomatie thaïlandaise, a proposé de mettre un terme à l'impasse pour le choix du directeur général de l'OMC. Selon cette proposition, le candidat néo-zélandais Mike Moore prendrait la tête de l'organisation pendant un premier terme de trois ans avant de céder la place au candidat thaïlandais, Supachai Panitchpakdi.

C'est donc Mike Moore, soutenu par les Etats-Unis et une majorité des pays européens, qui lancerait le round du millenium en novembre à Seattle (Etats-Unis), le nouveau cycle de négociations commerciales au cours duquel doit notamment être discutée la libéralisation des services et des télécommunications. «Pour le second terme, nous voulons un accord sur le fait que le docteur Supachai doit être nommé à cette position inconditionnellement», a précisé Surin Pitsuwan. Après trois ans, les lignes directrices du round du millenium seront déjà établies. La condition de l'inconditionnalité correspond plus à la volonté de Bangkok de ne pas donner l'impression d'avoir cédé. Le ministre thaïlandais des Affaires étrangères a aussi écarté la possibilité d'extension du mandat au-delà du terme de trois ans.

Pour les autorités thaïlandaises qui avaient fait de la candidature du vice-premier ministre et ministre du Commerce Supachai Panitchpakdi une question de fierté nationale, la proposition est une manière élégante de mettre un terme à ce match, qui commençait à tourner au ridicule, sans pour autant perdre la face. L'affaire de l'OMC marque un tournant de la diplomatie thaïlandaise. Cette fois-ci, le royaume n'a pas cédé devant les pressions et les méthodes quelque peu cavalières du grand frère américain.

Les Thaïlandais se sont battus comme de beaux diables et, ce faisant, ils ont mis en lumière la façon dont les négociations se passent réellement dans les coulisses de l'OMC. «Manque de transparence», «hypocrisie», «veto cachés», ces expressions ont rempli quotidiennement les colonnes des journaux. Curieusement, l'opprobre a surtout été jeté sur les Etats-Unis, et non sur les pays européens comme la France qui ont changé de camp en cours de route. Si le conseil exécutif de l'OMC entérine la proposition thaïlandaise, le retard pris dans la préparation du «round commercial global» ne sera pas trop dommageable.

Et, dans trois ans, un Thaïlandais dirigera une organisation internationale de premier plan, ce qui n'est jamais arrivé dans l'histoire.