Si l'on en croit le marché obligataire, la Thaïlande est aussi sûre que les Etats-Unis. En effet, un minuscule 0,05 point sépare désormais les rendements des bons du Trésor à dix ans émis par les deux pays dans leurs devises respectives. Si l'on en croit le marché des actions, des PME suisses comme Swissquote ou Berna Biotech sont plus sûres que des grandes capitalisations comme UBS ou Novartis. En effet, depuis peu, les 226 entreprises du SPI, l'indice large de la Bourse suisse, sont plus chèrement évaluées que les 27 sociétés du SMI, l'indice des grosses capitalisations de la même Bourse.

C'est un peu le monde à l'envers: les marchés financiers semblent ne plus rémunérer la prise de risque. «Le fait que tous les actifs risqués aient surperformé est un signe inquiétant», estime Robert Lind, chef économiste d'ABN Amro, interrogé lundi par le Wall Street Journal. Dans sa dernière allocution devant les parlementaires, Alan Greenspan, président de la Banque centrale américaine, a estimé que les intervenants sur les marchés «paraissent très confiants dans le futur et assez enclins à prendre des risques». Il a appuyé son argument sur la très basse volatilité implicite du marché des actions. Elle indique que les investisseurs achètent peu d'options pour se couvrir contre un éventuel retournement.

La semaine dernière, Goldman Sachs s'est ému de l'excès d'optimisme sur les marchés obligataires émergents. Selon la banque américaine, le rétrécissement de l'écart entre taux américains et taux émergents (voir infographie) s'apparente à une bulle spéculative. Elle pourrait éclater si une hausse des taux longs détournait les investisseurs des destinations exotiques, affirme Goldman Sachs dans une étude datée du 9 mars.

Hausse du dollar attendue

Des excès ont pu apparaître également sur le marché des obligations pourries, c'est-à-dire celles émises par des sociétés fragiles. «Dans ce segment, il est troublant de voir que des crédits bancaires gagés sur des actifs s'échangent parfois moins cher que des obligations démunies de garanties», observe Dominique de la Barre, de la banque JP Morgan à Zurich. Pour lui, c'est un signe de surchauffe. Globalement, toutefois, les cassandres sont minoritaires.

«Pour entamer une correction, il faut un catalyseur. C'est l'élément qui manque actuellement», observe un gérant indépendant à Genève. Depuis un mois, les taux longs américains sont remontés de 4% à près de 4,6%. La poursuite d'un tel mouvement pourrait faire office de déclencheur. «Une appréciation significative du dollar pourrait avoir un effet similaire», explique Edgar van Tuyll, stratège à la banque Pictet à Genève.

En attendant un improbable retour à des configurations plus normales, les investisseurs sont contraints d'aller chercher toujours plus loin de nouveaux gisements de rendement. Une piste mène vers les pays «super-exotiques», tels que l'Irak, la Corée du Nord ou le Soudan. «Ce compartiment a permis une plus-value de 24% au cours des 14 derniers mois», déclare Richard Segal, économiste pour la maison de courtage Exotix à Londres. C'est environ deux fois plus que les pays émergents traditionnels.