Innover ou disparaître! Voilà le choix devant lequel est placée Eltrekka, entreprise modèle du nouveau millénaire, toujours à la pointe du progrès et dont le slogan «Demain… Le monde!», mesure l'ambition. Ce lundi matin 8 heures, Michel, le PDG, est de retour de l'étranger. Avec lui, Isabelle, consultante «en créativité» qu'il présente à son équipe dirigeante: «Isabelle est mandatée pour vous aider à formuler la stratégie qui permettra à Eltrekka de régater face à la concurrence toujours plus accrue dans les années à venir.» Conscients de la nécessité de faire toujours mieux, Jeanne, la directrice des finances, Robert le responsable des ventes, Pierre-Olivier chargé du marketing et du design, et Valérie qui est à la tête de la production, restent pourtant méfiants. La tendance est aux restructurations, souvent lourdes de conséquences. L'atmosphère s'assombrit au sein de l'entreprise. Voici planté le décor d'une pièce de théâtre proposée par une petite société de formation et de communication pour entreprises basées à Lausanne. «Cette pièce est un outil de formation original, importé du Canada, qui a déjà séduit plus de 4000 spectateurs sur le continent nord américain depuis l'an passé, explique Bruno Poirier, membre de BCD Business and communication design. Au terme d'une tournée en France, la société projette à l'automne de présenter son spectacle en Suisse romande. Destinée aux entreprises exclusivement, cette pièce vise à sensibiliser les cadres sur le thème de l'innovation, à travers une méthode interactive et multimédia. Isabelle n'a qu'un mot à la bouche: «Cré-a-ti-vi-té.» Les membres de l'équipe dirigeante sont sceptiques, ce terme ne représente pas grand-chose à leurs yeux, ni d'ailleurs à ceux du public, composé de cadres d'entreprises, et devenu, le temps d'un spectacle, le personnel d'Eltrekka. Mais Isabelle argumente. S'appuyant sur des présentations graphiques à l'écran, des spots publicitaires où sont interviewés les grands PDG de cette planète (Joël de Rosnay, John Kao, Bran Ferren ou Christophe Meyer), et des jeux interactifs impliquant dirigeants et employés – c'est-à-dire acteurs et public –, la consultante parvient peu à peu à dissiper les appréhensions. D'abord réservés, avec une pointe de moquerie, les cadres se découvrent peu à peu, «comme des enfants» un rôle à jouer dans le processus de changement. La mise en scène est rythmée, voire explosive. Les illustrations variées, les acteurs convaincants. Difficile dès lors pour les spectateurs de ne pas se sentir interpellés et de résister aux messages détournés. «L'objectif est de provoquer une réflexion collective sur la nécessité de mutation, de déclencher une dynamique réelle au sein de l'entreprise», commente Bruno Poirier. Le spectacle est suivi d'ateliers animés par des formateurs, qui permettent au public d'exploiter les idées ou les émotions engendrées par la pièce, et d'identifier des pistes pour évoluer et innover. «Si intellectuellement le message est déjà compris, l'émotionnel, grâce à cette formule théâtrale, intervient et facilite l'assimilation.» Un bijou en terme de méthode pédagogique, mais qui reste coûteux. Une entreprise qui voudrait l'utiliser à l'interne doit débourser, pour une prestation globale, jusqu'à 30 000 francs. Ainsi, pour élargir le cercle de bénéficiaires potentiels, BCD s'est engagée à organiser des représentations «ouvertes», auxquelles pourraient assister les représentants de diverses sociétés, réduisant le coût au nombre de places, fixées à près de 400 francs.