Les déboires continuent pour Theranos. Selon le Wall Street Journal, les autorités américaines ont lancé deux enquêtes après des accusations portées par d’anciens employés de cette start-up qui promet de révolutionner les analyses de sang. Ces investigations sont menées par une agence du Ministère de la santé et par la Food and Drug Administration (FDA), le gendarme des médicaments.

Theranos a été fondée en 2003 par Elizabeth Holmes, alors étudiante en chimie à Stanford, la prestigieuse université située au cœur de la Silicon Valley. La jeune entreprise assure avoir développé des machines permettant de réaliser des tests sanguins avec seulement quelques gouttes de sang. C’est entre cent et mille fois moins que la quantité actuellement nécessaire.

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La société souhaite également de dynamiter le marché avec des prix bien inférieurs à ceux pratiqués par les laboratoires traditionnels. Exemple: moins de trois dollars pour mesurer le taux de cholestérol, contre au moins 50 dollars chez les concurrents. La start-up propose environ 200 examens différents, dont les résultats sont fournis en seulement quelques heures.

Ces belles promesses ont attiré de nombreux investisseurs. Theranos a ainsi levé environ 400 millions de dollars. Elle est désormais valorisée à 9 milliards de dollars, un montant comparable à la capitalisation boursière de Quest Diagnostics, le géant américain des tests sanguins. Et sa fondatrice est devenue une vedette de la Silicon Valley, où elle est souvent comparée à Steve Jobs, le créateur visionnaire d’Apple.

Des révélations dévastatrices

Fin octobre, une première série d’enquêtes du Wall Street Journal avait cependant jeté le doute sur les machines d’analyses développées par Theranos. D’après des sources citées par le quotidien financier, ses tests ne seraient pas fiables. En outre, seulement une partie des examens proposés seraient bien effectués avec sa technologie. Tous les autres seraient réalisés avec méthodes traditionnelles.

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Mise en cause, l’entreprise avait alors réagi avec véhémence. «Dès ses premières interactions avec Theranos, le journaliste nous a fait clairement comprendre qu’il nous considérait comme une cible à abattre, et non comme un simple sujet d’un article de presse objectif», assurait-elle dans un très long message publié sur son site internet. «C’est ce qui arrive quand vous essayez de faire les choses différemment, avait renchéri Elizabeth Holmes. Au début, ils pensent que vous êtes fous et vous combattent. Puis vous changez le monde.»

Les nouvelles révélations du Wall Street Journal enfoncent le clou. Et sont tout aussi dévastatrices pour l’image de la start-up. Le Ministère de la santé cherche à déterminer si Theranos a bien continué à utiliser ses machines, tout en sachant que les résultats n’étaient pas fiables. L’an passé, un autre ancien salarié de la société avait porté les mêmes accusations.

L’enquête menée par la FDA porte sur l’examen de détection de l’herpès. Ce test est l’exemple toujours cité par Theranos pour défendre sa technologie. En juillet, il avait été approuvé par le gendarme américain. A ce jour, c’est l’unique examen de société à avoir obtenu ce feu vert officiel. Mais selon un ancien employé, Theranos n’aurait pas respecté un strict protocole de recherche au cours l’étude scientifique réalisée pour la FDA. Cela aurait ainsi pu fausser les résultats en minimisant les erreurs. Des accusations jugées sans fondement par une porte-parole de l’entreprise, qui évoque un ex-salarié en colère et mal informé.

Depuis son lancement, Theranos n’a jamais publié la moindre étude ou autorisé des experts indépendants à se pencher sur ses méthodes, mettant en avant sa volonté de protéger sa propriété intellectuelle. Une opacité déjà dénoncée par plusieurs scientifiques américains. En attendant, ces doutes commencent à avoir des répercussions sur les projets de la jeune pousse. En octobre, Walgreen’s a décidé de suspendre l’ouverture de nouveaux centres de prélèvements. Avec plus de 8000 pharmacies dans tout le pays, la chaîne est un partenaire primordial pour les ambitions d’Elizabeth Holmes.