Les partis demeurent divisés sur les leçons à tirer de l’offensive de l’OCDE contre le secret bancaire et des décisions du Conseil fédéral, qualifiées par Hans-Rudolf Merz d’«inconfortables, peu agréables, mais inévitables». La droite et la gauche en tirent des conclusions radicalement différentes. En accusant le Conseil fédéral de faiblesse, l’UDC se focalise sur des mesures de rétorsion à prendre contre l’Allemagne et l’UE en particulier. Les libéraux-radicaux et les démocrates-chrétiens attendent du Conseil fédéral une attitude offensive propre à rétablir l’attractivité de la place financière suisse. Les socialistes et les Verts, au contraire, voudraient en profiter pour abandonner définitivement le secret bancaire.

Pas moins d’une quarantaine de conseillers nationaux sont montés à la tribune mercredi au cours d’un débat long de quatre heures qui tenait de l’exercice de thérapie de groupe destiné à traiter les conséquences d’un traumatisme national. De nombreux élus ont dénoncé les outrances verbales du ministre allemand des Finances en n’hésitant pas, pour certains, à tenir le même genre de langage. Peer Steinbrück incarne désormais pour les Suisses une nouvelle image du «méchant allemand». Au démocrate-chrétien saint-gallois Thomas Müller, il rappelle «cette génération d’Allemands qui se promenaient dans les rues il y a soixante ans avec des manteaux en cuir, des bottes et des brassards».

Rêves de vengeance

L’UDC a pu exhaler sa mauvaise humeur contre le Conseil fédéral, accusé sur tous les tons d’avoir manqué de courage, de s’être couché devant le chantage de l’OCDE et d’avoir fait des concessions sans nécessité aucune. Le peuple rattrapera, assure le Genevois Yves Nidegger, le faux pas du Conseil fédéral, en inscrivant le secret bancaire et la double incrimination dans la Constitution. Le groupe démocrate du centre rêve par ailleurs de vengeance et de mesures de rétorsion à prendre en priorité contre l’Allemagne et son ministre des Finances.

Les libéraux-radicaux ne sont pas absolument ravis, mais ne peuvent pas s’en prendre à leur conseiller fédéral. Ils peuvent l’exhorter, cependant, à montrer la plus grande fermeté à l’avenir et faire en sorte que l’échange d’informations à la demande soit le plus restrictif possible. Le Conseil fédéral doit également, exige le radical vaudois Charles Favre, présenter une stratégie pour développer l’attractivité de la place financière suisse, en adoptant de nouveaux instruments financiers et en adaptant certaines dispositions existantes, le droit de timbre, par exemple. «Nous pouvons vivre avec l’échange d’information à la demande, mais nous attendons une attitude offensive du Conseil fédéral», renchérit le Valaisan Christoph Darbellay. Pour le président du PDC, l’accord sur la fiscalité de l’épargne était le prix à payer pour le secret bancaire. Après les derniers événements, «il n’y a plus de raisons de prélever des impôts pour Sarkozy, Steinbrück et Brown».

Le PS ne tient pas au secret bancaire, mais reste préoccupé par la protection des données. Son président, Christian Levrat, exprime sa satisfaction de voir les choses clarifiées: «D’un côté, la protection des données est garantie et de l’autre, on lutte contre les tricheurs.» Lui aussi souhaite une attitude plus offensive de la part du Conseil fédéral. La Suisse devrait convoquer une conférence internationale sur la fiscalité. D’une façon générale, la gauche veut réserver le même traitement aux clients étrangers et suisses des banques helvétiques.

Enquête

Hans-Rudolf Merz s’est défendu comme il l’avait fait la veille devant le Conseil des Etats. L’OCDE a été instrumentalisée par le G20. «La Suisse savait, a-t-il plaidé, mais imaginez que nous ayons pris une telle décision en décembre, personne ne l’aurait compris.»

Comprendre le pourquoi, le quand et le comment des réactions du Conseil fédéral, c’est précisément ce que vont faire les commissions de gestion, qui ont institué mercredi un groupe de travail pour enquêter sur le comportement des autorités face à la crise financière, ainsi que sur le dossier UBS.