Conjoncture

Theresa May veut stopper la dégringolade de l’économie britannique

Le taux de croissance du PIB britannique est passé de 2,9% en 2014 à 1,4% en 2018, ce qui place le Royaume-Uni parmi les lanternes rouges en Europe. En attendant l’acceptation de l’accord, les marchés restent prudents

Theresa May défend l’accord sur une sortie ordonnée du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) avant tout au nom de l’économie et des emplois britanniques. Avant qu’elle et ses ministres ne se réunissent mercredi, les membres du gouvernement ont multiplié des rencontres avec des organisations patronales pour discuter des enjeux. Le fait est que l’activité économique ne cesse de se dégrader depuis quatre ans. Pour preuve, le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) a dégringolé de 2,9% en 2014 à 1,4% en 2018.

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«Le Royaume-Uni peut enfin entrer dans une période de transition, avec plus de latitude pour négocier l’après-divorce en 2020 ou au-delà, souligne Patrice Gautry, chef économiste de la banque UBP à Genève. Pendant cette période, en ayant un accès au marché européen, Londres pourra préparer une reprise de son économie, qui a perdu 2% de croissance en quatre ans.» Synonyme de visibilité, cet accord permettra, selon lui, de ramener la nation dans la même trajectoire économique que les autres pays européens.

Chute des investissements étrangers

Pendant les quatre dernières années, l’économie britannique a en effet développé de nombreuses faiblesses. «L’industrie manufacturière est inquiète à cause des incertitudes, et la consommation des ménages est plus volatile», relève Patrice Gautry. Le taux d’épargne des Britanniques a augmenté ces dernières années car, en période de manque de visibilité, les ménages diffèrent les grandes dépenses. Les investissements étrangers, après avoir fortement chuté en 2014, 2015 et 2016, ont repris l’an passé.

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Le marché du travail tient bon, avec un taux de chômage de 4,1% en 2018, contre 6,2% en 2014. «Ce phénomène s’explique partiellement par un ralentissement des arrivées de migrants, notamment d’Europe de l’Est», explique l’économiste de la banque genevoise. Une telle situation favorise la hausse des salaires sans qu’il y ait nécessairement de gain de productivité.

Eviter le scénario du pire

Dans un rapport diffusé mardi soir, le Fonds monétaire international (FMI) exprime les mêmes inquiétudes. Il souligne que l’économie manufacturière a reculé alors même que les conditions de crédit sont restées faciles. «Le scénario du pire serait que Londres et Bruxelles ne parviennent pas à un accord au moment où l’économie britannique souffre d’une faible productivité, d’un endettement important et de dépenses publiques qui grimpent, liées à une population vieillissante», écrit le FMI.

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En ce qui concerne les services, Londres a fait comprendre qu’elle négociera un accord séparé avec Bruxelles. Il serait question d’un passeport européen pour les firmes de la City, ce qui leur permettrait d’opérer dans tous les Etats de l’UE. Patrice Gautry rappelle par ailleurs qu’en vue du Brexit, de nombreuses banques et autres sociétés financières déplacent leurs activités dans d’autres capitales européennes.

Les premières réactions des marchés à cette perspective d’accord ne se sont pas fait attendre. Baromètre de la confiance, la livre sterling a clôturé la séance de mardi autour de 1,30 euro pour une livre, avec un gain de près de deux cents. Elle était hésitante mercredi en raison des obstacles en vue avant la signature de l’accord. En juin 2014, elle s’échangeait à 1,70 euro.

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