L’annonce de sévères mesures comptables par un patron bouclant son premier exercice est un classique de la gestion d’entreprise. Cela permet au nouveau venu de mettre en lumière les excès du passé, de démontrer sa résolution à y mettre fin, et donc d’asseoir sa légitimité à la tête de l’entreprise.

Les actionnaires font grise mine pour la forme mais sont en réalité soulagés de voir que l’entreprise part sur des bases assainies après que les placards aient été vidés de leurs cadavres. Avantage ultime pour le patron: les résultats des exercices suivants ont toutes leurs chances d’être en hausse.

Tidjane Thiam, directeur général de Credit Suisse depuis le 1er juillet dernier, était attendu sur ce point. Sa nomination était basée sur la promesse de profondes restructurations et d’abandons de certaines activités, en premier lieu dans la banque d’affaires. Il y a donc répondu en annonçant une perte de 2,4 milliards de francs sur l’année 2015.

Mais il a poussé l’exercice fort loin en publiant une dépréciation de goodwill de 3,79 milliards de francs. Cette mesure est encore plus douloureuse que celle, similaire, qu’avait annoncée Sergio Ermotti en février 2013. Quinze mois après son arrivée à la tête d’UBS, le tessinois, qui passait pour le sauveteur de la banque aux trois clés, procédait déjà à des amortissements de goodwill pour 2,5 milliards de francs, principalement dans la banque d’affaires.

La perte de l’exercice 2012 d’UBS s’était élevée au même montant, en raison notamment de la constitution d’une réserve en vue de payer une amende de 1,4 milliards de francs aux autorités américaines qui l’accusaient d’avoir manipulé le Libor, un taux d’intérêt. En dépit de ce résultat médiocre au plan comptable, les marchés avaient montré leur approbation en orientant le cours de l’action à la hausse lors des mois qui ont suivi.

Tidjane Thiam n’a pas d’amende géante en vue, même s’il constitue une provision de 821 millions de francs pour couvrir le règlement de litiges. Mais il fonde l’amortissement du goodwill sur le prix élevé d’une acquisition faite 15 ans plus tôt, celle de la banque d’affaires américaine Donaldson, Lufkin & Jenrette. Analystes et investisseurs avaient alors critiqué le coût de l’opération. En leur donnant raison, même tardivement, le nouveau patron de Credit Suisse conforte donc sa légitimité face au marché et met toutes les chances de son côté pour son avenir à la tête de la grande banque.

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