Cinéma

Thierry Hatier: «Le modèle économique de demain n'est pas défini»

Pour l’heure, le patron de Pathé Suisse préfère investir dans d’autres technologies que les écrans LED. Thierry Hatier estime par ailleurs que, dans l'histoire du cinéma, ce moment est «excitant mais aussi presque effrayant»

Il hésite encore. Thierry Hatier, patron de Pathé Suisse, principal exploitant du pays en termes de nombre de spectateurs (second derrière Kitag si l’on parle en nombre de salles), ne sait pas quand les nouveaux écrans LED équiperont ses cinémas. Mardi à Zürich, Samsung et le groupe Arena ont présenté cette nouvelle technologie qui pourrait remplacer, à terme, les traditionnels écrans de cinéma. 

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Le Temps: Est-ce que les cinémas suisses de Pathé vont s’équiper de ces nouveaux écrans?

Thierry Hatier: Oui, mais je ne peux pas vous dire quand. Les prix doivent encore baisser, et je ne suis même pas sûr qu’il y en aura dans toutes nos salles. Pour tout vous dire, nous n’avons pas encore décidé s’il y en aurait dans le multiplexe qui est actuellement en train de sortir de terre à Zurich.

Pensez-vous que la transition sera aussi rapide que le passage de la pellicule au numérique?

Encore une fois, difficile à dire. La transition pellicule-numérique devait prendre entre cinq et dix ans et s’est réalisée entre deux et trois ans. En ce qui concerne ces écrans, j’ai néanmoins l’intuition que cela prendra davantage de temps car, contrairement au numérique, qui apportait la 3D, cette nouvelle technologie ne change pas grand-chose pour le spectateur. Ce sera surtout une question économique.

Comment ça?

La projection numérique demande encore des logiciels spécialisés, des téléchargements, des manipulations, etc. Avec les écrans LED, c’est quasiment du «plug and play»; l’exploitant n’a plus grand-chose à faire pour la projection. Du point de vue de l’entretien également, cela reviendra moins cher. Cela changera en outre toute la manière de construire les salles puisque, jusqu’à maintenant, il fallait imaginer les gradins et la hauteur de la salle en fonction du faisceau de lumière.

Vous dites que le spectateur ne verra pas la différence…

Pas exactement. Je dis qu’il ne viendra pas au cinéma spécialement pour un écran LED comme il se déplace pour l’IMAX ou la 4DX [ndlr: le premier offre une projection sur un écran immersif plus grand que la moyenne et la deuxième des mouvements de sièges et des effets tels que souffle d’air, brouillard, gouttelettes d’eau, etc.]. Ce qui fait venir les gens, outre le film bien sûr, c’est le confort, le service, le design ou les effets. Les écrans LED ne fournissent pas d’effets exceptionnels. La qualité de l’image est théoriquement meilleure, mais c’est difficilement perceptible.

Durant ces dernières années, vous avez dépensé des centaines de milliers de francs pour des projecteurs numériques remplaçant les machines 35 mm. Si la projection est désormais appelée à disparaître, ces investissements étaient-ils inutiles?

Je ne crois pas. Nous sommes déjà en train de remplacer notre première génération de projecteurs numériques par des projecteurs laser (qui remplacent les ampoules au xénon). Le modèle de demain n’est pas encore défini. Ce sera certainement un mix entre différents types de projecteurs et d’écrans.

Néanmoins, la technologie change vite. Et les investissements dans les salles sont toujours très coûteux…

C’est juste. Il y a tellement de nouveautés que nous ne vivons plus à une époque où le plan d’investissement classique à cinq ans tient la route. La seule chose que l’on sait, c’est qu’il faut investir en permanence. Pour l’heure, nous ouvrons des salles en 4DX et des IMAX laser. Pour la Suisse, nous envisageons toujours de dépenser entre 50 et 60 millions de francs dans les cinq ans à venir. Mais il est difficile de vous dire aujourd’hui plus précisément où et comment.

Enfin, à titre plus personnel, quel est votre sentiment sur ces écrans?

Après plus de cent ans d’histoire, ce sera la première fois que l’image ne sera plus projetée dans un cinéma. C’est un moment qui est excitant mais aussi à la fois presque effrayant. Cela signifie que, techniquement, le cinéma se rapproche de la technologie de la télévision ou de l’ordinateur. En tant qu’amoureux du septième art, cela me fend le cœur.


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