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Thomas Bohn, directeur du Greater Geneva Bern Area (GGBa) depuis décembre 2014.
© Bertrand Rey

Promotion

Thomas Bohn: «Nous attendons un record d’implantations chinoises cette année»

Thomas Bohn, directeur de la promotion économique de Suisse occidentale, a pour mission d’identifier et de rediriger les projets d’investissement étrangers auprès des six cantons membres de son agence. En particulier ceux émanant de sociétés technologiques ou actives dans la santé, et sur le marché prioritaire que sont les Etats-Unis

Fondé en 2010, le Greater Geneva Bern Area (GGBa) est l’organe de promotion économique exogène de Suisse occidentale. Soit une Sainte Alliance de six cantons (Genève, Vaud, Valais, Fribourg, Neuchâtel et Berne), érigée autour de trois missions: mettre en avant la région, prospecter les sociétés étrangères susceptibles de s’y installer et assurer une veille technologique.

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Le GGBa recense 16 collaborateurs, dont 5 à la centrale de Lausanne. Cette agence, qui se superpose aux promotions économiques locales de ses partenaires, s’adosse à un réseau de représentants, en partie rémunérés selon leurs performances et ventilés entre la France, l’Italie, le Canada, les Etats-Unis, le Brésil et la Chine.

Le budget annuel du GGBa, compris entre 3 et 3,5 millions de francs – contre plus de 4 millions il y a quelques années –, serait financé à hauteur de 700 000 francs par chacun des grands membres fondateurs et de quelque 300 000 francs par les plus petits. Une clé de répartition censée générer le meilleur retour sur investissement possible. L’agence affiche un bilan de plus de 400 nouvelles implantations réussies à ce jour. Rencontre avec son directeur, Thomas Bohn.

Le Temps: Quel est le volume d’activité du GGBa?

Thomas Bohn: Nous traitons en moyenne 250 dossiers par an. Sur ce nombre, environ la moitié des entreprises optent pour des visites d’évaluation, passant en revue entre un et trois cantons différents, avant de déterminer le site idéal. A ce jour, plus de 1000 sociétés ont opéré de la sorte.

– Sur l’ensemble des projets d’implantation, combien d’entreprises étrangères franchissent le pas?

– Le taux de conversion est en moyenne de 20%. Cela correspond à environ 50 projets concrétisés chaque année. Le processus, qui peut prendre de quelques mois à quatre ans, dépend de nombreux facteurs, notamment la manière dont se profilent les cantons.

– Quels sont les pays les plus porteurs?

– Il est important de faire la distinction entre le nombre des projets et leur qualité. Nous observons davantage d’installations de sociétés européennes qu’américaines. Toutefois, ces dernières créent davantage de valeur, notamment en termes d’emplois. C’est la raison pour laquelle les Etats-Unis sont notre marché prioritaire. Et ils le resteront, malgré l’attentisme ambiant depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

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– Qu’en est-il de la Chine?

– C’est un marché intéressant qui commence à s’éveiller. Les arrivées récentes de Cofco et de Biostime à Genève ne sont qu’un début. Cette année, nous devrions avoir sept, voire huit nouvelles implantations chinoises sur l’ensemble de la région.

– Peut-on avoir leurs noms?

– Je ne peux encore rien dire. Mais l’une d’elles occupe le rang de leader dans les sciences de la vie. Une autre entreprise, active dans ce même secteur, est spécialisée dans la gestion de brevets. Il y a aussi un groupe industriel, qui cherche à ouvrir un site de production.

– Vous dirigez le GGBa depuis plus de deux ans. Vous a-t-il fallu réformer sa gouvernance, jugée déficiente?

– Il n’y a pas de problème de gouvernance au sein du GGBa et il n’y en a jamais eu. Nous avions en revanche un déficit d’image, que nous avons rectifié en dopant notre communication, via un nouveau site web, des brochures didactiques et une présence plus marquée sur les réseaux sociaux.

– Entre 2005 et 2016, le volume des implantations en Suisse a reculé de 50% et le nombre d’emplois créés a chuté de 70%. Pourquoi ne pas avoir communiqué à ce sujet?

– C’est un faux débat. Ces chiffres ne reflètent pas l’attractivité de la Suisse, et encore moins celle de la région. Nous pourrions attirer davantage d’entreprises étrangères. Mais ce n’est pas exactement le mandat que l’on m’a confié. J’ai été engagé pour faire des choix et ne retenir que les sociétés à fort potentiel réel, ayant une approche durable. Cette démarche qualitative est fondamentale. Elle a été renforcée depuis mon arrivée au sein de l’agence.

– Votre tâche consiste à vendre la région, dans son ensemble. Comment faites-vous pour identifier le point de chute exact des sociétés que vous attirez?

– Le GGBa est neutre et n’a pas pour vocation de tout faire. L’aménagement du territoire, dans le sens de répartir des investissements dans les différents cantons, n’entre pas dans son champ d’action. Lorsque l’agence détecte une société intéressante, le dossier est remis à nos six partenaires. C’est ensuite à chacun de se positionner pour gagner le projet.

– Si l’on résume, le GGBa construit l’action, mais ce sont les cantons qui mettent le but.

– C’est cela. De nos jours la compétition ne se fait pas entre pays, mais à l’échelle des régions métropolitaines. Notre message à l’étranger est de dire qu’il n’y a pas de mauvais endroit en Suisse. Où que vous soyez, vous y serez bien traités, car les conditions-cadres sont bonnes partout. Néanmoins, certains sites sont plus ou moins adaptés, selon les projets, en termes d’accès à la main-d’œuvre, de fiscalité, de disponibilité foncière, de réseau de sous-traitance, etc. Notre rôle est de comprendre les critères et les besoins des sociétés souhaitant s’implanter chez nous, pour que les cantons puissent se déterminer.

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– Certains cantons attirent davantage de sociétés étrangères que d’autres. Vous arrive-t-il de recevoir des plaintes dues à ce déséquilibre?

– L’état d’esprit dans lequel se déroule le processus est particulièrement bon. Depuis notre création, de concurrents, les cantons sont devenus partenaires dans un même réseau. Même s’ils cherchent toujours à se mettre un peu en avant, ce qui est légitime, ils ont pris l’habitude de tirer à la même corde.

– C’est-à-dire?

– Une société qui s’implante chez son voisin est une bonne nouvelle pour tout le monde. Car un employé qui travaille à Genève va peut-être payer ses impôts sur Vaud, et son employeur pourrait trouver un fournisseur à Fribourg. Nous ne sommes pas du tout dans une approche qui consiste à promouvoir la région en la segmentant avec, notamment, Neuchâtel comme le pôle microtechnique, le Valais en tant que centre des énergies renouvelables ou l’axe Genève-Vaud comme épicentre des sciences de la vie. Ce que l’on vend, c’est une région avec une vision transversale. La Suisse occidentale constitue une chaîne de valeur.

– Etes-vous prêt à tout pour séduire une entreprise étrangère?

– Non. Surjouer par exemple la carte de la fiscalité ou des subventions, comme le font d’autres agences de promotion, notamment en France, ne fait pas partie de notre philosophie. Notre méthode consiste à présenter un catalogue de possibilités. C’est ensuite à la société candidate de faire son choix.

– Le Brexit vous incite-t-il à chasser au Royaume-Uni?

– Le Royaume-Uni n’est pas un marché traditionnel pour le GGBa. Mais nous sommes en train de finaliser une étude, dont les conclusions seront connues prochainement, pour en identifier les secteurs qui pourraient faire l’objet de démarches de prospection.

 – Comme celui des banques?

– Nous avons probablement peu de chance de l’emporter face au Luxembourg ou à Francfort. En revanche, la Suisse occidentale a une belle carte à jouer en ce qui concerne les fintechs. D’ailleurs, les prises de contact, avec un message fort, d’un certain nombre de sièges européens de groupes asiatiques présents à Londres et actifs dans ce domaine ont déjà débuté. D’autres actions sont prévues. Notamment auprès d’entreprises américaines qui envisageaient de prendre pied dans la City mais qui, au vu de l’instabilité du marché britannique, pourraient s’intéresser à notre région.

– Comment accomplissez-vous votre mission de veille stratégique?

– L’un de nos collègues est un spécialiste de l’intelligence économique. Il approvisionne notre réseau en cibles potentielles. Il est notamment chargé d’observer toutes les tendances liées au flux d’investissements directs étrangers à travers le monde, grâce à de puissants algorithmes permettant d’identifier toute société en expansion. Si aujourd’hui une multinationale lève, par exemple, 10 millions de dollars en Australie pour déployer ses activités hors du pays, nous pouvons l’identifier et l’approcher.

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– Certaines sociétés, notamment françaises, traitent en direct avec les cantons, voire ouvrent une antenne de manière complètement autonome, sans passer par le GGBa.

– Les sociétés étrangères sont libres de passer ou non par un organisme comme le nôtre. Il est très facile de s’installer en Suisse, et le GGBa ne cherche pas à être associé à tous les investissements qui ont lieu. Au contraire, nous démarchons de façon ciblée des sociétés dans un certain nombre de secteurs, comme les sciences de la vie, l’informatique de pointe, l’énergie ou encore l’ingénierie de précision.

– Quel a été le plus grand succès du GGBa?

– Il n’y a pas de dossier qui nous procure plus de fierté qu’un autre. Tous contribuent à l’essor de la région, du chinois Cofco à Genève à Tudor Scan Tech à Berne en passant par le brésilien WAMA Diagnostics dans le BioArk valaisan. Toutefois, l’un des plus prometteurs à mon sens est Teamnet, une jeune pousse roumaine active dans le secteur des drones, laquelle s’est implantée dans le parc d’innovation de l’EPFL.

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– Combien d’emplois une société étrangère crée-t-elle à terme?

– Statistiquement, on se situe entre 12 et 15 nouveaux postes de travail après trois ans. Néanmoins, la taille n’est pas un critère déterminant. Une société qui crée une dizaine d’emplois directs peut avoir d’importantes retombées économiques pour toute la région. Une entreprise française que j’ai rencontrée il y a quelques semaines et qui veut rester discrète a installé une antenne de cybersécurité en Valais. Cela ne représente que deux postes pour l’instant, mais l’activité relève de l’excellence.

– Parmi les entreprises qui s’installent, combien finissent par repartir?

– Nous ne tenons aucun registre. Ce sont les cantons qui gèrent cet aspect, tout comme le suivi des sociétés déjà présentes, et qui réinvestissent. A l’instar du siège européen du groupe américain Celgene, actif à Neuchâtel depuis douze ans et qui a annoncé en juin dernier la construction d’un nouveau site de production avec, à la clé, 20 emplois supplémentaires.


Profil

1976: Naissance le 10 juin à Strasbourg.

1998: Après des diplômes en sciences politiques et en études supérieures spécialisées en études germaniques, il travaille comme attaché de presse du consulat général de France à Leipzig, puis à Francfort.

2002: Première expérience dans la promotion économique, auprès de l’agence Invest in France, en qualité de responsable du secteur automobile.

2005: Muté à Tokyo, pour s’occuper des marchés japonais et coréen.

2008: Responsable de la promotion économique du canton de Berne en France.

2010: Rejoint l’organe – nouvellement créé – de promotion économique de Suisse occidentale (GGBa), dont il reprend la direction cinq ans plus tard.

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