Méconnue jusque-là, VistaJet aura marqué le salon Ebace de l'aviation d'affaires qui ferme ses portes ce soir à Genève. Basée à Zoug, la compagnie a annoncé la commande de 60 biréacteurs Bombardier - dont 35 fermes - pour... 1,2 milliard de dollars! Et a également signé une lettre d'intention en vue du rachat de la filiale de chartering (nolissement) du constructeur canadien. Une expansion qui lui permettra de revendiquer la deuxième flotte d'affaires hors des Etats-Unis, alors qu'elle exploite actuellement moins d'une vingtaine d'appareils. La société ne cache pas ses ambitions de bousculer l'américain NetJets, de loin le numéro un: sa seule entité européenne disposera de 174 appareils en fin d'année et a annoncé la commande de 20 appareils Dassault pour 720 millions de dollars.

Un bien discret actionnaire

«Il y a quelques années, j'avais fait l'acquisition d'un Learjet, aménagé de façon luxueuse... il ne cessait d'être loué, lorsque je ne l'utilisais pas, et me suis dit qu'il y avait une vraie demande», confie Thomas Flohr, très discret financier suisse à l'origine de VistaJet en 2005. Agé d'une quarantaine d'années, Thomas Flohr est également propriétaire de Comprendium, une société allemande de 500 millions de francs de chiffre d'affaires spécialisée dans les financements structurés à destination des entreprises, comme le leasing d'équipements informatiques. Auparavant, ce Zougois d'origine avait passé quinze ans au sein de Comdisco, une société américaine de services informatiques, dont il dirigea la filiale européenne jusqu'en 1998. Une maîtrise des financements structurés grâce à laquelle il compte bien bousculer l'aviation d'affaires - «un secteur atomisé aux tarifs élevés et peu transparents», selon lui - en promettant des tarifs inférieurs de 20% à la concurrence. «Tout le problème des appareils en multipropriété, ce sont les vols à vide qui peuvent représenter jusqu'à 30% du trafic, nous voulons les ramener à moins de 5%», assure l'entrepreneur qui réside aujourd'hui à Saint-Moritz. Un client a besoin d'un Moscou-Nice, alors qu'un autre attend l'appareil au départ de Londres? Problème, la liaison entre la Côte d'Azur et la City se fait à perte. «Le secret est d'assurer à un nombre limité de clients une disponibilité immédiate (ndlr: par exemple via une carte d'heures de vol sur ce Moscou-Nice) puis d'offrir l'appareil en charter sur le reste (au départ de Nice)», explique Thomas Flohr.

Sur les traces de Netjets

Le directeur général de VistaJet, Bing Chen, vise les «150 millions de dollars de chiffres d'affaires cette année en offrant 30000 heures de vols, un chiffre qui dépassera les 80000 heures en 2012, lorsque nous exploiterons une soixantaine d'appareils».

De quoi inquiéter le numéro un? «Les ambitions de VistaJet témoignent surtout de la bonne santé du secteur», relativise Jean-René Saillard, responsable de NetJets Europe pour la Suisse. «Nous gardons une avance très confortable en termes de parts de marché et de flotte, ceci résulte de dix années d'investissements très soutenus en Europe nous assurant une croissance rentable depuis 2006», poursuit ce dernier. «Ce n'est pas celui qui contrôle les avions mais celui qui s'attache la fidélité du client qui s'impose sur ce marché», rappelle de son côté Greg Thomas, directeur de la compagnie genevoise Privat Air. Des clients que VistaJet espère bien attirer à elle.