Questions à

Le fonds Hyposwiss Schweiz est investi de manière active entre 30 à 50 actions suisses. Il a renforcé les positions sur les valeurs cycliques depuis cet automne. Thomas Jäger, le gérant du fonds, fait le choix d’augmenter ses titres dans le domaine de la finance, en investissant dans les deux grandes banques helvétiques.

Le Temps: Qu’est ce qui rend les entreprises suisses attrayantes?

Thomas Jäger: Le marché des actions suisses est robuste. Les entreprises se caractérisent par une grande force d’innovation. La Suisse est connue pour cet aspect à travers toute la planète. Par exemple, selon le classement BDI & Global Innovation Index, le pays se situe dans le haut de la liste. Par ailleurs, la Suisse bénéficie d’un régime politique stable, d’une force de recherche de haut vol, d’un système d’imposition relativement peu élevé pour les sociétés. De plus, elle s’affirme comme une référence en termes de savoir-faire en finance, et dans le domaine de la santé.

– Le marché suisse a engrangé plus de 10% depuis le début de l’année. Cela va-t-il continuer?

– Nous pensons que le marché va continuer sur cette voie jusqu’à la fin de l’année. Il est bien positionné si on le compare aux 20% réalisés par les actions allemandes et aux marchés nettement moins performants de l’Europe du Sud comme l’Espagne.

– Quelles sont les caractéristiques de votre portefeuille?

– Il est composé de 43 titres partagés entre des positions défensives, comme Lindt&Sprüngli, Aryzta ou encore Barry Callebaut, et des actions de croissance comme ABB, SGS, Schindler, Sonova. Actuellement, nous sommes surexposés dans le domaine des moyennes capitalisations industrielles, qui constituent 18% de notre portefeuille d’investissement. Ce secteur du marché suisse est composé de nombreuses sociétés très solides financièrement. Par exemple, Belimo, le leader mondial de la technologie des servomoteurs et des vannes pour le chauffage et climatisation, ou encore Daetwiler, un fournisseur de Nespresso. ABB présente aussi d’intéressantes perspectives avec son développement en Amérique du Nord, où elle a effectué plusieurs acquisitions.

– Comment ont évolué vos positions?

– Depuis la mi-septembre, notre portefeuille est plus défensif, avec une surpondération en actions cycliques. En finance, nous avons augmenté notre exposition dans les deux grandes banques suisses, Credit Suisse et UBS, car nous pensons que les bénéfices vont augmenter au cours des douze prochains mois.

– Pourquoi?

– Les risques sont limités pour ces établissements depuis que les Etats-Unis ont mis en place le troisième assouplissement quantitatif. En Europe, Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, a annoncé son intention de racheter des dettes des Etats en difficulté. L’approbation, par le Tribunal constitutionnel fédéral allemand, du Mécanisme européen de stabilité a contribué à l’élan d’optimisme sur les marchés. Dans ce contexte, les entreprises actives dans le travail temporaire, comme Adecco, affichent de bons résultats. Nous nous attendons à un signal positif du marché américain, qui va donner une impulsion semblable en Suisse. A l’inverse, nous prévoyons une stabilisation en Europe.

– Depuis l’adoption du cours plancher, la force du franc reste-t-elle un problème central pour les entreprises suisses?

– La décision de la Banque nationale de fixer un taux plancher a apporté une stabilité aux différents acteurs. Les entreprises peuvent à nouveau calculer leurs budgets et leurs financements de manière plus précise. D’ailleurs, en 2011, on a assisté à une amélioration de la situation globale des entreprises suisses, malgré une hausse du franc. Par ailleurs, le risque de transaction est relativement bien géré sur le marché des actions en Suisse. La rentabilité des entreprises industrielles y atteint les 8 à 10% en 2012, soit une rentabilité supérieure à celles de ses semblables en Europe. En effet, parmi leurs points forts, les firmes suisses sont de nature innovante et souvent active dans des niches attrayantes du marché.

– La délocalisation des entreprises suisses à l’étranger représente-t-elle une vraie tendance?

– Il existe deux moyens de réduire le risque de transaction pour les entreprises exportatrices: l’émission de factures en francs ou le transfert de l’outil de production vers le pays de destination du bien. Au vu de la demande croissante en provenance des pays émergents, les sociétés suisses vont poursuivre leur croissance à l’étranger. En Europe, elles vont plutôt se concentrer sur l’amélioration de l’efficience. Les économies de coûts et l’accroissement des économies d’échelles par les acquisitions se verront renforcées.

* Gérant de Hyposwiss (Lux) Fund – Schweiz