Le Temps: Le plan de sauvetage a-t-il réglé les problèmes d'UBS?

Thomas Jordan: La banque se trouve dans une situation indéniablement plus forte qu'avant. Elle est mieux capitalisée, elle dispose de davantage de liquidités et ses risques ont été réduits. Ce sont trois éléments très importants pour mesurer la solidité d'une banque. Les conditions sont désormais remplies pour un ajustement de son modèle d'affaires.

– Comment le modèle doit-il être réajusté?

– Les décisions stratégiques ont été prises par le conseil d'administration d'UBS: le bilan doit être réduit et l'accent porté sur la banque privée. En outre, la banque d'affaires doit réorienter ses activités vers les besoins des clients, et non plus vers ses opérations en compte propre qui mobilisent d'importantes ressources au bilan. UBS va rester une banque universelle, mais qui mettra davantage l'accent sur ses clients.

–Le plan de sauvetage exige-t-il une réduction des activités de la banque d'affaire?– Non. Cette exigence est déjà clairement reconnue par les responsables d'UBS.

– Les marchés jugent toutefois plus durement UBS que ses concurrentes. Le plan n'est-il pas suffisant?

– Cette réaction des marchés montre en tout cas que le plan ne favorise pas les actionnaires. Les actions d'UBS sont diluées en raison de l'augmentation de capital à laquelle a souscrit la Confédération. Le portefeuille de titres risqués est acheté à prix réduit. En revanche, la nette baisse de prime de risque (CDS) montre que les marchés envisagent l'avenir de la banque avec davantage de confiance.

– Pourquoi les détails du plan n'ont-ils pas été publiés?– Ce plan est celui d'une transaction d'affaires. Il détaille de nombreuses opérations à effectuer sur des titres précis sur des marchés bien particuliers. Si nous ne livrons pas de détails, c'est pour éviter de les rendre accessibles à la concurrence. Nous agissons comme cela pour le bien du pays.

– Pourquoi avez-vous choisi de domicilier la société rassemblant les titres toxiques aux îles Caïmans?– Par rapport à l'ensemble du plan, cette question est secondaire. Nous avons choisi ce territoire pour des raisons juridiques. Il offre une forme de société robuste et déjà testée pour ce type d'opération et qui répond à tous nos besoins Cela dit, si un autre site offre des conditions similaires, nous pourrions le sélectionner.

– Il y a donc une dimension fiscale, ce territoire ne prélevant pas d'impôts?– C'est une question bizarre pour la BNS, qui redistribue ses bénéfices aux cantons et à la Confédération: nous ne cherchons évidemment pas à faire de l'évasion fiscale! Ce qui nous importe, c'est de ne pas être imposés à double ou à triple. Il est clair que nous allons payer les impôts que nous devons, notamment sur les titres américains que nous détenons. Mais nous chercherons à éviter d'en payer trop.

– Quel accueil réservez-vous au plan alternatif présenté lundi par le Parti socialiste, et qui prévoit une entrée beaucoup plus importante de la Confédération et des cantons dans le capital d'UBS?– Je ne l'ai pas encore étudié dans le détail. Cela dit, le temps est un facteur important dans la mise en œuvre de la consolidation d'UBS. L'avantage de notre plan, c'est qu'il est prêt. Nous avons commencé à l'appliquer. Cela dit, il faudra du temps pour le mener à bien.

– Quand le transfert des actifs sera-t-il achevé et la société opérationnelle?– Nous estimons que fin mars 2009, la majorité des titres du portefeuille d'actifs à risques sera transférée dans la nouvelle structure. Cela n'est certes pas extrêmement rapide, mais nous devons faire le travail sérieusement, selon des procédures clairement établies.

– En prenant en charge la liquidation d'actifs toxiques essentiellement américains, la Suisse n'assume-t-elle pas une tâche que les Etats-Unis auraient dû effectuer avec le plan Paulson de 700 milliards de dollars?– Les détails du plan Paulson ne sont toujours pas connus. Il nous manque des indications importantes comme les prix d'acquisition des actifs. Nous avons besoin d'une solution rapide du problème, en tenant compte du risque d'une détérioration accrue des marchés.