Sauvetage

Thomas Jordan: «Nous ne pouvons pas dire qu’il n’y a pas eu de sanction contre UBS»

Il y a dix ans, la Banque nationale suisse orchestrait le sauvetage de la plus grande banque suisse. Le président de la BNS revient sur cet épisode dramatique

Il y a dix ans, la Banque nationale suisse (BNS) orchestrait avec la Commission fédérale des banques et le Conseil fédéral le sauvetage de la plus grande banque suisse, embourbée dans la crise des subprimes. Numéro trois à l’époque, numéro un aujourd’hui de l’institution, Thomas Jordan revient sur ces événements inédits.

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Le Temps: Il y a quelques jours, Peter Kurer disait qu’UBS aurait pu s’en sortir sans aide de la BNS ou de la Confédération, qu’en pensez-vous?

Thomas Jordan: Il est difficile d’imaginer comment cela aurait pu être possible. Les faits sont clairs: la situation était dramatique en automne 2008. Et même après l’annonce du plan massif de stabilisation, UBS a continué à éprouver des difficultés à accéder à la liquidité et la BNS a même dû mettre en place d’autres mesures. Ce n’est que vers le milieu de l’année 2009 que tout s’est stabilisé. La Confédération, la Commission fédérale des banques et la BNS ont pris les mesures raisonnables pour sortir d’une situation délicate, difficile et dangereuse.

Aujourd’hui, referiez-vous exactement la même chose?

Il faut avoir le courage de prendre des décisions même si l’incertitude est grande. Mais un succès n’est jamais assuré. Personne ne peut dire si c’est le bon moment, quel sera exactement l’impact d’une décision. C’est pourquoi la gestion des risques est importante dans de telles situations. Dans ce cas, je pense que les acteurs suisses ont bien géré cette crise, alors que l’incertitude et les risques étaient énormes. J’espère que nous ne serons plus jamais dans une telle situation. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons tout de suite lancé les réflexions qui ont mené aux dispositions «too big to fail». Il fallait augmenter les exigences de fonds propres et de liquidité, puis obliger les grandes banques à s’organiser de façon à pouvoir être liquidées en cas de problème sans intervention du gouvernement et de la banque centrale.

Cette opération est-elle un succès?

Un succès dans ce domaine est toujours difficile à mesurer. On ne peut pas le qualifier de la sorte simplement parce que la BNS et la Confédération ont réalisé un bénéfice. C’est davantage le fait que nous avons évité un effondrement du système et une crise sévère de l’économie suisse qui compte. Si nous comparons la Suisse avec d’autres pays européens, nous constatons qu’elle s’en est relativement bien sortie. Elle a une place financière proportionnellement beaucoup plus importante, mais elle a subi un dommage limité, les déposants n’ont pas souffert et le contribuable n’a rien dû payer. Donc, dans l’ensemble, je dirais que c’est un succès.

Vous avez sauvé des banquiers qui ont fait des bêtises. Pensez-vous qu’ils auraient dû être davantage sanctionnés?

Nous ne pouvons pas dire qu’il n’y a pas eu de sanction. UBS a subi des conséquences: elle a dû se soumettre à une supervision supplémentaire des autorités. Les actionnaires ont vu le titre perdre 90% de sa valeur. Pratiquement toute la direction et tout le conseil d’administration ont changé. Je ne suis pas convaincu que d’autres sanctions auraient été utiles.

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