Le franc grimpe de nouveau à des niveaux qui donnent le vertige aux exportateurs suisses. Depuis que la crise du coronavirus a commencé à paniquer les marchés financiers, la monnaie suisse, en raison de son inaltérable statut de valeur refuge, a gagné 1,6% contre l’euro. La monnaie unique ne vaut désormais plus que 1,07 franc. Un taux qui n’avait plus été observé depuis presque deux ans.

C’est le moment qu’a choisi Thomas Jordan pour intervenir publiquement. Dans une interview à la Frankurter Allgemeine, qui rappelle que ce dernier «a le job le plus difficile de Suisse», le président de la Banque nationale suisse (BNS) commence par confirmer que l’effet coronavirus a une conséquence très directe. «Il a joué un rôle dans la récente appréciation du franc. Dans les marchés, l’appétit pour le risque a diminué et, comme c’est souvent le cas dans de telles situations, le franc s’est apprécié.»

Lutter contre la déflation

Alors que certains observateurs s’interrogeaient ces dernières semaines sur la volonté, voire la capacité de la BNS à continuer de combattre l’appréciation du franc, Thomas Jordan a jugé bon de se montrer ferme sur ses intentions. D’abord, dit-il en substance, les interventions sur le marché des changes se poursuivent et se poursuivront si nécessaire.

Je comprends le mécontentement des banques et des épargnants. Mais nous avons besoin des taux négatifs

Thomas Jordan, président de la BNS

Il répète par ailleurs ce que d’autres voix officielles de la BNS avaient déjà affirmé récemment: non, le placement de la Suisse, mi-janvier, sur la liste américaine des pays «à surveiller» en raison de sa balance commerciale excédentaire avec les Etats-Unis n’altère en rien la capacité de la BNS à agir. «Laissez-moi mettre les choses au clair, répond-il. Ni la Suisse ni sa banque centrale ne sont des manipulateurs de devises. Le franc est fortement surévalué et la BNS n’est pas en train d’essayer de l’affaiblir pour en tirer des avantages par rapport à d’autres pays. Nous voulons éviter que les conditions monétaires ne mènent à des développements déflationnistes. Il en est de notre responsabilité.»

Aussi des avantages

Ensuite, le banquier central, forcément, est interrogé sur les taux négatifs. Sur leur niveau actuel (ce sont les plus bas du monde, lui rappelle la Frankfurter Allgemeine), sur leur durée (cinq ans), leurs conséquences et les critiques qu’ils suscitent. «Je comprends le mécontentement des banques et des épargnants […]. Il y a des effets secondaires que nous tentons de minimiser, par exemple en relevant le plafond d’exemption des taux négatifs pour les banques qui déposent des avoirs à la BNS. Cela les soulage et leur permet de préserver les petits épargnants.»

Sur leur pertinence, la position de Thomas Jordan n’a pas changé: «Il est clair que nous en avons besoin» pour que la détention de francs demeure moins attractive que celle d’euros ou d’autres monnaies. Il souligne aussi qu’en l’état, ils sont partis pour durer. Mais rappelle également les avantages à en tirer: les taux hypothécaires très bon marché. Mais aussi, l’avenir des employés des entreprises exportatrices. «Ils sont contents de ne pas voir leur place de travail menacée par un franc qui deviendrait trop fort.»

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