Gouvernance

Thomas Minder demande la non-réélection du conseil d’administration de Credit Suisse

L’auteur de l’initiative contre les salaires abusifs propose aux caisses de pension et au fonds de compensation AVS de refuser un comportement qualifié de «criminel», soit le versement de bonus accrus malgré une nouvelle perte en milliards

Les rémunérations du groupe Credit Suisse sont vivement critiquées par Thomas Minder, conseiller aux Etats schaffhousois et auteur de l’initiative contre les salaires abusifs, également appelée initiative Minder. Dans le Tages Anzeiger de samedi, il estime que ces gains vont «au-delà du bien et du mal».

La deuxième banque du pays, qui a fait l’objet d’une razzia des autorités dans plusieurs pays, a publié une perte de 2,71 milliards de francs en 2016. Vendredi, l'institut HKP a indiqué que Tidjane Thiam, le directeur général de la banque, avait gagné 11,2 millions et qu'il était ainsi le troisième patron le mieux payé du pays.

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«Le fait que Credit Suisse enregistre une énorme perte et verse des bonus supérieurs à la direction est un acte criminel», selon l’auteur d’une initiative largement acceptée par le peuple il y a quatre ans. Et d’ajouter: «S’il n’en tenait qu’à moi, le conseil d’administration devrait être révoqué en bloc».

Compenswiss sur la réserve

L’élu schaffhousois avait, à travers son initiative, accru le pouvoir des actionnaires et exigé que les investisseurs institutionnels exercent leurs droits de vote.

Thomas Minder demande aujourd’hui que «les caisses de pension et le fonds de compensation de l’AVS refusent le rapport de rémunération et la réélection des administrateurs» à l’assemblée générale de la grande banque. A son goût, quiconque vote «oui» accepte un système par lequel on cofinance des bonus malgré des pertes. «Cela serait un scandale», lance-t-il dans le quotidien zurichois. Thomas Minder demande aussi aux institutionnels de déclarer leur position ainsi que d'annoncer leur vote avant l’assemblée de Credit Suisse.

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Eric Breval, directeur de Compenswiss, qui gère le fonds de compensation AVS, refuse d’indiquer s’il est investi dans les titres de la banque et à quelle hauteur. L’institutionnel se dit investisseur «indiciel» et à ce titre détient «une participation dans la banque à hauteur de sa pondération» dans l’indice MSCI Suisse.

Nouvelle intervention politique?

Compenswiss ne publie pas davantage son comportement avant une assemblée générale, indique Eric Breval au Tagesanzeiger. La prise de position est définie par un comité comprenant Manuel Leuthold (président), Sandra Gisin (vice-présidente) et de deux autres personnalités et qui ne sont pas citées.

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Si Compenswiss n’est pas transparent sur sa position et son vote, Thomas Minder interviendra politiquement qui obligera à présenter les participations du fonds AVS et ses positions aux assemblées.

A l’inverse de Compenswiss, Publica, la caisse de pension de la Confédération, publie ses positions après les assemblées. Ses représentants ne prennent pas position sur les déclarations de Thomas Minder.

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