«L'industrie des fonds n'est pas dans son âge d'or», regrette Simon Davies, le directeur général de Threadneedle Investments. La société de gestion, basée à Londres, présentait à la presse du continent ses activités. «Les professionnels reconnaissent qu'il leur est difficile de vendre des parts, qu'un flux net de capitaux quitte les fonds, poursuit le directeur général. La clientèle européenne préfère acheter des produits structurés.» Les entreprises de gestion doivent aussi lutter pour retenir leurs gérants talentueux. Malheureux, peu motivés, ils sont tentés de fonder leur propre hedge fund.

Chez Threadneedle, les fonds en actions ont connu des départs nets de capitaux, «à un rythme assez stable ces derniers mois». Mais les demandes de remboursement provenant de la clientèle «ont reculé ces dernières semaines», rassure Simon Davies. Pour contrebalancer ce phénomène, la société s'appuie notamment sur ses fonds obligataires et sur ses hedge funds. Elle compte aussi sur un nouveau fonds en actions concentré sur un petit nombre de titres. Ce dernier et les hedge funds ne sont toutefois pas autorisés pour la distribution en Suisse.

L'un dans l'autre, les ventes dépassent, cette année, les demandes de remboursement provenant de la clientèle. En Allemagne cependant, le plus grand marché continental pour Threadneedle, ces dernières ont été plus importantes que les ventes. Ce phénomène adverse est contrebalancé par les affaires réalisées sur le marché indigène britannique, en France et en Suisse. Le marché américain s'ouvre à la société. Elle fait partie du groupe American Express depuis un an et vient de lancer aux Etats-Unis une série de fonds sous le nom d'AXP Threadneedle.

Pour l'heure la présence du groupe américain dans sa filiale reste encore assez discrète. Son directeur général, un Britannique, est en place depuis neuf ans. Précédemment elle appartenait à Zurich Financial Services. Ce groupe n'avait que tardivement, il y a deux ans seulement, jugé nécessaire de faire enregistrer les fonds de Threadneedle dans notre pays.

Aujourd'hui, 15 fonds y sont autorisés à la vente par la Commission fédérale des banques. «Les clients achètent volontiers des produits de niche, comme le fonds sur les petites capitalisations européennes ou celui sur les hauts rendements, note Christian Pellis, responsable des ventes pour l'Europe. Pour la promotion de nos produits, nous avons concentré nos efforts sur les banques de gestion et les grandes banques. Elles achètent nos fonds pour la clientèle ou pour leur fonds de fonds. Nous sommes par exemple représentés dans le Fund Lab de Credit Suisse. Le marché helvétique en général est assez ouvert depuis pas mal de temps.»

Threadneedle gère 57,7 milliards de livres (130 milliards de francs, chiffre au 30 juin) au total. Les fonds de placement eux-mêmes totalisant 12,6 milliards de livres (28 milliards de francs) à la fin de décembre de l'année passée. Cent vingt-quatre spécialistes de l'investissement, gérants, analystes et stratèges, en sont responsables. La présence sur le marché suisse est encore modeste, la fortune se situant entre un demi et un milliard. Pour l'enregistrement de ses fonds sur le continent, le gérant s'est épargné le passage par le Luxembourg. Ses produits sont de droit britannique, une juridiction très peu utilisée pour le grand public en Suisse.