Au cœur des marchés

«Thriller», de Jackson (Hole)

La grande inconnue dans l’équation des banques centrales reste les tarifs douaniers, et leurs effets sur les changes

La rentrée a sonné, et sur les marchés financiers la tonalité des couleurs est plutôt verdoyante. Les vertus du cycle actuel, saluées par les profits des entreprises ce premier semestre de l’année, redonnent une orientation favorable aux actifs risqués, relâchant également les pressions sur les changes largement dominantes au cours de ce mois d’août (en particulier dans certaines économies émergentes). A Jackson Hole, université d’été des banquiers centraux, le «thriller» de saison semble avoir été rangé avec les revolvers à eau et autres armes de négociation commerciale, en l’absence remarquée de hauts représentants de la Banque centrale européenne.

Les cerveaux centraux

La prise de hauteur dans les montagnes de l’Etat du Wyoming aux Etats-Unis est traditionnellement l’occasion d’identifier les principales thématiques courantes des banquiers centraux. Cette année, plus question de déflation et d’instruments non conventionnels, la normalisation de la politique monétaire américaine bien entamée a concentré les cerveaux sur la question de la stabilité des prix, des mesures d’inflation et de sa résilience face à un marché dit de plein-emploi. Comme d’ailleurs à Sintra au Portugal, en juin dernier, la courbe de Philips, les évolutions technologiques et les changements de modèle de ventes au détail (type Amazon) ont été analysés.

Mais le thriller de l’été n’était pas vraiment loin de Jackson, et la question des tarifs douaniers a plané sur les discussions, non pas par ses effets directs sur l’inflation qui devraient rester bornés, mais par ses conséquences sur le dollar et plus généralement sur les taux de change.

L’inflation dépend des changes

En effet, des travaux présentés, il ressort que l’inflation reste bien ancrée grâce notamment aux politiques monétaires et aux systèmes de convergence des prix régionaux – merci à la globalisation et à la technologie (big data). Néanmoins, elle réagit de plus en plus aux oscillations des taux de change; la stabilité des prix serait dès lors de plus en plus dépendante des monnaies.

En conséquence, plus question de guerre des devises pour les banquiers centraux, et place aux implications des batailles des tarifs puisqu’elles se traduisent par des effets sur les monnaies en renforçant notamment le dollar, frein assez automatique au commerce mondial. La quiétude des montagnes de Jackson n’a dès lors pas permis de mettre entre parenthèses le thriller de l’été, qui reste une préoccupation non pas seulement pour le taux d’activité des secteurs très sollicités par le commerce mondial (automobile et semi-conducteurs), mais également pour la stabilité des prix et la gestion de la politique monétaire de cette rentrée.

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