Avec AIT Swiss Equity Fund, AIT European Equity Fund et AIT International Bond Fund, la société Gerifonds SA se lance «à la recherche permanente de la performance absolue». En d'autres termes, la direction de fonds de placement du groupe Banque Cantonale Vaudoise se met au goût du jour avec ces trois nouveaux fonds de droit suisse «très sélectifs», c'est-à-dire répondant à tous les critères de la gestion alternative. D'ailleurs, ces trois outils ont été autorisés par la Commission fédérale des banques dans la catégorie «autres fonds en valeurs mobilières». Ils réservent cependant une très bonne surprise pour l'investisseur: leurs frais d'émission de 2% et de gestion de 1% sont particulièrement bas pour ce genre d'outils. Et le ratio de leurs frais totaux devrait le rester…

Avec 7,6 milliards de francs sous gestion et sous administration dans les fonds de Swissca Gestion de fonds SA et dans ses propres instruments (les fonds purement Gérifonds représentent des actifs de 1,5 milliard à la fin 1998), la direction de fonds vaudoise est un poids lourd dans le paysage suisse des fonds de placement. Se lancer sur le marché avec trois produits de gestion alternative représente tout autant un défi qu'un acte de foi dans le marché et son partenaire. Le marché des fonds de placement est amateur de tels produits. Ils y sont encore rares mais promis à un bel avenir dans la mesure où ils proposent aux investisseurs une performance absolue dégagée officiellement de toute référence à un quelconque indice.

Gestion active et décorrélée

Dans le cas d'espèces, les indices de référence existent bel et bien pour les trois fonds. Ce sont le SMI pour l'AIT Swiss Equity, le MSCI ex-Suisse pour le segment European Equity et le Salomon Brothers World Government Bond Index pour l'International Bond Fund. Mais précisément, le but du conseiller en gestion des trois fonds, AIT Advanced Investment Techniques SA à Genève, est d'appliquer une «gestion active et décorrélée des indices». Sur les trois produits en question, dont des clones existaient déjà dans la société genevoise, la performance annuelle moyenne a été de 34,18% pour le fonds en actions suisses (contre 24,04% pour l'indice), de 41,08% pour celui en actions européennes (contre 22,05% pour l'indice) et de 7,3% pour le produit en obligations internationales (contre 6,06% à l'indice).

Les trois nouveaux produits sont aussi un acte de foi pour Gerifonds SA. C'est la première fois en effet que cette direction de fonds confie la gestion de ses produits à l'externe. Ceci dit, ses responsables connaissent ceux d'AIT. Ils ont notamment travaillé avec eux lorsqu'ils étaient à Banque Fiduciary Trust. C'est d'ailleurs dans ce contexte, que les spécialistes d'AIT ont développé certaines des techniques quantitatives qui sont employées aujourd'hui pour les deux segments Swiss Equity et European Equity. L'acceptation de ces techniques représente aussi un acte de foi pour Gérifonds chez qui ce sont traditionnellement des méthodes plus classiques de gestion qui sont à l'honneur.

Un ratio pour la sélection

De fait, la recherche de la performance absolue est effectuée dans ces deux outils par un système original de gestion quantitative. Schématiquement, on synthétise différentes données économiques et financières historiques, actuelles et futures des sociétés qui sont suivies dans l'univers de placement. Le traitement informatique de ces données permet de calculer un ratio qui définit très précisément le degré d'évaluation d'une valeur par rapport à une autre. Une fois ce ratio d'analyse calculé pour tous les titres du SMI, les gestionnaires d'AIT en tirent un portefeuille qui est composé des cinq valeurs de l'indice les plus sous-évaluées. La démarche est identique pour le segment en valeurs européennes.

Pour ces deux fonds, le portefeuille comprend donc un ensemble défini de titres: cinq pour le segment en actions suisses et dix pour celui en actions européennes. De plus, chaque valeur de ce portefeuille peut fluctuer dans un couloir de pondération. Ce couloir est de 18% à 22% pour le segment en actions suisses et de 8% à 12% pour celui en actions européennes. Cette marge de fluctuation est imposée par le fait que les cours de Bourse de ces titres peuvent avoir une évolution trop divergente. Les deux fonds ne sont modifiés dans leur composition que si, sur la base du ratio d'analyse, l'un ou l'autre titre devient surévalué. Il est alors liquidé et remplacé par une autre valeur sous-évaluée.

Le troisième fonds, en obligations internationales, est d'une facture plus classique. Il investit selon une approche fondamentale à laquelle s'ajoute un examen approfondi des facteurs qui peuvent influencer l'évaluation des marchés obligataires et monétaires. La gestion en est certes active mais l'accent est mis sur une décorrélation des titres avec leur univers de référence. C'est de là que vient la performance absolue recherchée. Laquelle est encore soulignée par le fait que, dans les trois cas, «l'effet de levier important sur le fonds est dû à la grande sélectivité des investissements». Celle-ci est faite avant tout sur des «considérations fondamentales, techniques et quantitatives qui réduisent toute réflexion subjective et personnelle».