Time Warner veut rester indépendant

Médias Le groupe américain dit non aux 80 milliards de Fox

Une évaluation discutable, des risques de mise en œuvre et un futur déjà rose. Dans son com­muniqué diffusé mercredi, Time Warner a justifié son refus de négocier une reprise par 21st Century Fox. Ce dernier, propriété de Rupert Murdoch, proposait pourtant 80 milliards de dollars, en numéraire et en actions. De quoi faire gagner en début de séance plus de 15% à l’action Time Warner à Wall Street, mais pas suffisamment pour convaincre son conseil d’administration.

Aucun détail chiffré n’a été of­ficiellement donné. Cependant, d’après les informations des agences, Rupert Murdoch serait «déterminé» à conclure l’opération. Même si, dans son communiqué, Fox concède ne pas être «en ce moment en discussion avec Time Warner».

«Alliance de rêve»

Dans la lettre envoyée en juin, Rupert Murdoch proposait – pour apaiser d’éventuelles inquiétudes des autorités de la concurrence – de céder CNN. La chaîne d’informations en continu, qui appartient à Time Warner de même que la chaîne câblée HBO, est en concurrence avec Fox News. Les deux groupes ont aussi des studios de cinéma: Warner Bros côté Time Warner et 20th Century Fox chez Rupert Murdoch. Ils affichent des chiffres d’affaires respectifs de 29,8 milliards et 27,7 milliards de dollars sur les derniers exercices dont ils ont publié les comptes.

L’offre de juin était libellée à 60% en actions et à 40% en nu­méraire, selon les agences. Si elle finissait par se faire à ces conditions, cette opération serait la deuxième plus grosse jamais réalisée dans le secteur des médias et du divertissement, selon les données de Thomson Reuters et Dealogic. La première, qui remonte à juin 2000, avait scellé le mariage entre AOL et Time Warner.

Rupert Murdoch, selon Bloomberg, espérait d’une part réaliser des économies, estimées à 1 milliard de dollars grâce au regroupement des services administratifs, de ressources humaines ou encore informatiques. D’autre part, la constitution d’un tel géant donnerait plus de poids à la nouvelle entité pour négocier face aux câblo-opérateurs tels que Comcast ou Time Warner Cable, qui sont en train de fusionner.

D’aucuns ont critiqué le prix «ridicule», 12,6 fois le bénéfice EBITDA. Un analyste financier cité par le Financial Times s’étonnait que l’initiative soit venue de Fox et non de Time Warner, le plus grand des deux groupes, pour former ce qu’il qualifiait d’«alliance de rêve».