Pris sous les feux croisés des démocrates et des républicains à propos des bonus payés aux cadres d’AIG avec l’argent du contribuable, Timothy Geithner, le secrétaire américain au Trésor, se trouve fortement entamé dans sa crédibilité, alors qu’il s’apprête à détailler un nouveau volet de son plan de sauvetage pour le système financier.

Tout d’abord accusé de n’avoir aucune maîtrise sur l’usage de l’argent du contribuable qu’il donne aux institutions financières dans le cadre de leur recapitalisation, Tim Geithner a ensuite été accusé d’avoir été au courant des bonus qui devaient être payés chez AIG mais de ne pas les avoir empêchés. Dernier rebondissement: l’administration Obama aurait explicitement demandé la modification du texte de loi concernant le plan de relance à 787 milliards de dollars afin qu’il permette le paiement de bonus, et notamment chez AIG. C’est ce qu’a affirmé Christopher Dodd, sénateur démocrate et président du sous-comité sur les banques, sur la chaîne de télévision CNN.

Hier, le directeur d’AIG Edward Liddy était entendu au Congrès. A propos de l’avenir d’AIG, il a déclaré que la compagnie allait changer de nom et serait démantelée, de plus petites unités permettant de mieux circonscrire les risques. Mais c’est surtout à propos du paiement des bonus qu’Edward Liddy a été interrogé. Alors que depuis quelques jours, il reçoit des menaces de morts et des encouragements au suicide, l’homme de 63 ans voulu rappeler, devant une audience hostile, qu’il n’était à la tête d’AIG que depuis le premier plan de sauvetage de la compagnie, en septembre l’année passée. Henry Paulson, alors secrétaire au Trésor, est venu le tirer de sa retraite pour lui demander de démêler l’immense problème que représente AIG. Il a accepté ce travail pour servir son pays, a-t-il dit, pour un salaire de 1 dollar cette année. «Il fait sans doute le pire travail du monde, commentait un analyste sur Bloomberg. Il ne gagne rien et il est l’un des patrons les plus détestés des Etats-Unis.»

Edward Liddy a demandé à ses cadres de rendre l’argent des bonus («to do the right thing»), a-t-il déclaré au Congrès, assurant que nombre d’entre eux l’avaient déjà fait spontanément.

L’affaire des bonus d’AIG est une crise majeure pour Barack Obama, qui pourrait bien y perdre son bras financier. Depuis le début de la semaine, des Cassandres de tout bord politique prédisent que Timothy Geithner ne survivra pas au scandale. Le président américain, qui mardi a qualifié d’indécents les bonus payés chez AIG, a déclaré hier qu’il en assumerait la totale responsabilité. «A Washington, tout le monde est en train de se montrer du doigt en rejetant la faute parmi. Vous savez quoi? Je suis le président, disons que c’est de ma faute.» Et d’ajouter «C’est mon travail de faire en sorte qu’on se donne les moyens de se sortir de ces problèmes, même si ce n’est pas moi qui les ai créés.»