Dans le maelström de l'actualité de ce début d'année, une journée pour souffler et réfléchir: c'était l'ambition du Forum Horizon, organisé par «Temps» en collaboration avec l'IMD mardi 2 février 2021.

Voici les moments forts de la séance plénière du début de matinée.


■ Comment expliquer la lenteur de la vaccination?

La question des vaccins contre le Covid-19 est abordée avec Pierre-Alain Ruffieux, patron de Lonza, partenaire de la société américaine Moderna. Aujourd'hui la vitesse à laquelle les doses de vaccin arrive est jugée trop lente. Plus la vaccination prend du temps, plus les coûts pour l'économie s’aggravent.

«Il faut se rendre compte que la pandémie a débuté il y a tout juste un an. C'est un miracle qu'en neuf mois nous ayons autant de vaccins différents développés. Aujourd'hui tout le monde veut une dose qui arrive hier. Il y a une demande qui se compte en milliard de doses.» La production des vaccins demande la mise en place d'une chaines logistiques complexe où les nouveaux problèmes qui se posent sont réglés au fur et à mesure explique Pierre-Alain Ruffieux prenant l'exemple des flacons insuffisants pour transporter toutes les doses requises.


■ La chance d'une économie plus durable?

Questionné sur la durabilité, Thomas Jordan répond: «Nous voyons une transformation nécessaire vers une économie décarboné. C'est une transformation énorme qui va prendre du temps. Est-ce que nous aurons une économie plus résiliente à terme? Sans doute, mais il y aura d'autres chocs, d'autres récessions à l'avenir.»

Mark Schneider s'exprime sur la même question: «Nous avons appris du Covid les bénéfices d'une réaction rapide. Pendant la première moitié de 2020, la Suisse a été plus rapide que les autres économies. Sur la question des gaz à effet de serre, nous ne devons pas attendre qu'il soit trop tard, sinon cela va nous coûter plus cher. Voici l'une des leçons de la pandémie.»


■ La Suisse, une attardée numérique?

Ce mardi matin sur les ondes de la RTS, la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter a fait sensation en parlant d'un «retard» de la Suisse en matière de numérisation.

Professeur de finance à l'IMD, Arturo Bris analyse: «La Suisse est un des pays les plus agiles, à l'instar de Singapour. La différence ne tient pas dans le développement de nouvelles technologies, mais dans l'adoption de ces nouvelles technologies à un niveau personnel, songez à l'e-commerce.»


■ Distribuer les bénéfices de la BNS? «Ca ne suffit pas»

Thomas Jordan est questionné à propos de la distribution des bénéfices de la BNS et de la récente modification – à la hausse – de la convention qui régit cette distribution: « Ce n'est pas suffisant. Pour rester résilients, nous devons être compétitifs, aujourd'hui comme demain. Nous devons nous adapter au changement climatique. Pour cela nous avons besoin d'entreprises flexibles, ce qui demande du leadership, et d'une forte collaboration entre employés et employeurs.»

Il précise: «Nous pouvons faire du profit et distribuer tout ce dont nous n'avons pas besoin à la Confédération et aux cantons. C'était possible, mais nous avons besoin de programmes de distribution raisonnables. Nous ne devons jamais prendre le succès de la Suisse pour acquis.»


■ Mark Schneider: «Cette crise est un appel de la Terre»

Le patron de Nestlé prend la tribune. Il commence sans tarder par évoquer l'énorme «défi planétaire» des vaccinations. «Une des manières de se sortir de cette crise est de passer par un vaccin. La première étape a été de le développer. Aujourd’hui, un an plus tard, le problème est de le déployer à l’échelle mondiale et de construire la confiance des gens dans les effets bénéfiques de la vaccination.»

Au sujet de Nestlé. «Comme vous le savez, nous faisons des efforts pour développer des alternatives alimentaires à la viande et aux produits laitiers. Beaucoup de gens ont pris cette crise comme un appel de la Terre à se réveiller, et nous pensons que cette tendance va continuer.»

Le travail, désormais plus souple. Pour Mark Schneider, si cette crise a causé tant de douleur, elle a aussi eu un effet d'accélérateur sur la digitalisation en faisant entrer certaines pratiques dans les habitudes. «Afin de continuer à fonctionner, la plupart des entreprises ont dû fournir des efforts importants pour permettre le travail à distance. C'est un pari sûr de penser que dorénavant, une partie importante du travail se fera à distance, et que le cadre du travail sera plus flexible à l'issue de cette crise.»

Un espoir pour le climat. «Pour la première fois, les trois économies majeures (Amérique du Nord, Europe, Asie) ont pris des engagements sur le climat allant dans la même direction. Nestlé a récemment publié un plan très détaillé pour atteindre le zéro émission nette. Il y a eu beaucoup de discours durant ces dernières années, mais on a aujourd’hui un vrai espoir de voir la mise en place de mesures de régulation.

La conjoncture. «Malheureusement, nous traversons un hiver très difficile et les perspectives à court terme ne sont pas bonnes. À moyen terme,  il y aura une reprise, mais elle sera graduelle. Il faudra être patient.»

Parcourez notre dossier consacré aux défis de la vaccination


■ Thomas Jordan: «La BNS, la FINMA, le gouvernement et les banques ont travaillé de concert»

Le président de la Banque nationale suisse prend la parole. «Nous vivons des temps extraordinaires. La pandémie fait peser un poids important sur le monde entier. Elle a entrainé une augmentation de l’incertitude.»

A propos du franc. Le franc suisse est une monnaie refuge, donc nous sommes un thermomètre de cette incertitude. Nous avons connu la plus grande baisse du PIB depuis la crise du pétrole dans les années 70.»

Une action de plusieurs acteurs. Le président de la BNS évoque les raisons pour lesquelles la Suisse a mieux performé qu'attendu durant l'année passée: «La BNS, la FINMA, le gouvernement et les banques ont travaillé de concert. 20% des entreprises suisses ont demandé un prêt et la plupart n’avait jamais emprunté auparavant. Les banques ont fournit les liquidités et l’Etat s’est porté garant de ces prêts.»

A l'unisson de l'économie mondiale. «Nous avons dû intervenir lourdement pour éviter que le franc ne s’apprécie trop. Nous avons bénéficié du rebond de l’économie mondiale, car la Suisse est une petite économie très ouverte. Les entreprises suisses sont capables de s’adapter très rapidement ce qui a permis d’absorber ce choc.»

Une esquisse de prévision. «Nous pensons que le PIB ne retrouvera son niveau d’avant crise qu’en 2022, ce qui pourrait mener à une augmentation du taux de chômage. Pour cette raison les politiques fiscales et économiques doivent rester accommodantes.»


■ Le Forum a commencé

«Il manque les applaudissements», glisse un journaliste du Temps. Les forums à l'ère du covid...

 


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