Les actionnaires de Liberty Surf ont choisi. Entre une stratégie industrielle d'adossement à un opérateur de télécommunications et une cession financière, le distributeur britannique KingFischer et Europ@Web (100% groupe Arnault), ont opté pour la seconde voie. En cédant leurs participations de 36,47% chacune à l'italien Tiscali, contre 2,13 euros en numéraire (environ 3,30 francs suisses) et 0,365 action Tiscali par action du fournisseur d'accès à Internet (FAI) Liberty Surf, chacun récupérera 71 millions d'euros en numéraire pour un investissement initial de quelque 55 millions. Partisan de l'option industrielle, Pierre Besnainou, PDG et fondateur de Liberty Surf, n'était visiblement pas à la fête lundi à Paris, où il assistait aux côtés de Renato Soru, PDG de Tiscali, et de James Kinsella, directeur général, à la présentation d'une opération dont l'initiative lui avait manifestement échappé. Il y a fort à parier que l'avenir de Liberty Surf s'écrira sans lui, dès que l'offre publique mixte d'échange et d'achat, pour toutes les actions Liberty Surf détenues dans le public, sera bouclée. Cette offre sera lancée par Tiscali aux mêmes conditions que celle faite aux actionnaires de référence.

Pour Tiscali, ce rachat s'inscrit dans une stratégie rectiligne. Face aux anciens monopoles des télécommunications, s'il ne reste qu'un nouvel acteur majeur de Internet européen, l'Italien veut être celui-là. Présent dans quatorze pays d'Europe depuis l'acquisition de World Online, achevée en décembre, il vient de pousser un pion déterminant sur le marché français. Créée en avril 1999, Liberty Surf comptait en septembre 1,5 million d'abonnés en France et 2,5 en Europe. Parmi ces abonnés, pour la plupart inscrits gratuitement, 700 000 étaient actifs (utilisant effectivement Liberty Surf pour leur accès Internet).

Autour de l'accès à Internet, Liberty Surf a bâti une riche offre de contenus, en prenant le contrôle successivement de l'annuaire Nomade. fr, du site de communautés Respublica. fr, de l'hébergeur de sites personnels Chez.com, du site thématique monsieurcinema.com… Avec 1,8 million de visiteurs uniques, les sites contrôlés par Liberty Surf recueillaient la troisième audience des portails français en novembre. L'achat d'un opérateur de télécommunications, AXS Telecom, rebaptisé Liberty Surf Telecom, permettait au groupe de se rémunérer sur les communications locales générées par les abonnés se connectant à Internet. Cela entrait aussi dans le grand dessein de Pierre Besnainou, de faire de l'entreprise «un guichet unique» offrant un accès Internet illimité, le téléphone fixe par Internet (voix sur IP) et mobile, la vidéo à la demande par Internet.

Une ambition en tout point semblable à celle de Tiscali qui, depuis sa Sardaigne natale, a pris la double casquette d'opérateur de télécommunications et de FAI, privilégiant le modèle de la fourniture d'accès à Internet gratuite sans abonnement, se rémunérant sur les télécommunications.

Marque unique

En France, Tiscali a racheté en décembre l'opérateur A Telecom, qui vend quotidiennement un million de minutes de communications. A Telecom pourrait récupérer l'ensemble du trafic géré jusqu'ici par Liberty Surf Telecom. La marque Liberty Surf elle-même pourrait à terme s'effacer. Renato Soru a en tout cas précisé que pour faire jouer les synergies, l'ensemble des activités européennes sera abrité sous la seule «marque ombrelle» Tiscali. L'arrêt des activités internationales de Liberty Surf semble donc inéluctable.

Les marchés ont plutôt mal réagi à l'opération (voir graphique ci-dessus). Visiblement, ils escomptent une chute du cours Tiscali et récusent l'estimation de la parité proposée à 9,63 euros l'action Liberty Surf, contre 0,365 action Tiscali et 2,13 euros en cash. L'action Liberty Surf a clôturé hier à 6,43 euros, en baisse de 8,14%. Les petits actionnaires sortiront quoi qu'il arrive perdants de l'opération: Liberty Surf avait été introduite à 41 euros sur le marché en mars dernier.