Tobias Straumann, 53 ans, professeur d’histoire économique à l’Université de Zurich, qui vient de publier 1931: Debt, Crisis, and the Rise of Hitler, pour lequel il a obtenu le Prix Röpke, porte un jugement sur les banques centrales lors de la crise du coronavirus.

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Le Temps: A chaque décision, il en résulte un krach. A-t-on déjà rencontré une telle méfiance à l’égard des banques centrales?

Tobias Straumann: Non. Les mesures prises sont complètement fausses. La première baisse de taux d’intérêt n’a servi à rien. La Fed a d’emblée pris une mauvaise décision si bien que Jerome Powell, son président, a perdu la confiance du marché avant même que la crise ne débute vraiment aux Etats-Unis. Son incapacité à gérer une crise est apparue au grand jour. Il importe plutôt d’apporter énormément de capital aux entreprises et de prolonger les crédits.

Dans l’histoire, dans les années 1970 par exemple, les banques centrales avaient aussi perdu la confiance du marché en raison de leur incapacité, mais à l’époque il s’agissait de combattre l’inflation.

Quel est le principal problème aujourd’hui?

Le premier problème réside dans l’absence de banquiers centraux compétents pour gérer une crise. Il en va de Christine Lagarde à la BCE comme de Jerome Powell à la Réserve fédérale. Tous deux ne sont pas à la hauteur face à une crise de cette dimension. Or la première réaction est cruciale. Powell a raté l’examen. Et la déclaration de Christine Lagarde, affirmant qu’elle n’était pas là pour stabiliser les obligations souveraines, était absurde. Cela consiste à laisser l’Italie à son sort et à provoquer une crise de l’euro. L’Italie ne peut se maintenir à flot qu’avec la garantie de la BCE. Cela tient à ces deux personnes davantage qu’aux banques centrales en soi.

Peut-on comparer cette crise à celle de 2008?

Le krach de 2020 est différent de celui de 2008 même s’il existe des parallèles. Jerome Powell utilise des instruments trop classiques. Ben Bernanke avait lui longtemps sous-estimé la crise financière en affirmant que la menace n’apparaîtrait que si les banques commerciales rencontraient des difficultés. Il n’avait pas vu le rôle de la finance de l’ombre et du marché monétaire.

L’hélicoptère monétaire est-il la solution?

L’hélicoptère monétaire, qui consiste à distribuer de l’argent, ne répond pas au problème puisque personne ne peut utiliser ces fonds. L’essentiel est d’apporter des liquidités aux PME, de l’hôtellerie aux compagnies aériennes en passant par le transport. Le système bancaire doit autoriser une prolongation des crédits pour éviter des faillites en série.

Et en Suisse?

Si la crise se prolonge, les risques de faillite augmenteront. Il faut que les crédits bancaires soient prolongés pour tout le monde, par exemple par l’intermédiaire des banques cantonales. Attention, les banques ne doivent pas offrir des crédits gratuits mais prolonger les échéances. Elles ne doivent pas distinguer les PME en vertu de la solidité à long terme mais toutes les aider. Puis, quand la crise sera passée, elles pourront être plus restrictives dans les politiques de remboursement. Mais il faut sauver les entreprises durant deux à trois mois sans discrimination.

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