Vingt-quatre heures après son homologue helvétique, la banque centrale japonaise a lancé une offensive destinée à enrayer l’appréciation de sa monnaie, au plus haut depuis 1945 face au dollar.

Les mesures prises jeudi vont de la vente directe de yens à l’augmentation – de 100 à 150 milliards de francs – des fonds à la disposition de la Banque du Japon pour intervenir sur les marchés. Les pressions devenaient fortes. Comme en Suisse, «cette intervention vise à soulager les exportateurs, qui avaient prévenu qu’ils pourraient se résoudre à des délocalisations», explique Raymond Van der Putten, économiste chez BNP Paribas. La contre-attaque s’est révélée efficace, le yen retombant de plus de 3% hier face au dollar. «Sans coordination internationale, ces tentatives – suisse comme nipponne – seront in fine vouées à l’échec», tranche pourtant David Bloom, responsable de la stratégie sur devises chez HSBC à Londres.

Valeur refuge, le yen?

Comme le franc, le yen est l’objet d’achats forcenés de la part d’investisseurs cherchant des placements refuge face à la dégradation de la situation aux Etats-Unis comme en Europe. Difficile à première vue de considérer comme un havre de paix un pays dont les dettes publiques dépassent 200% du produit intérieur brut (celles des Etats-Unis ont franchi hier le cap symbolique de 100%). Sauf que l’Archipel continue à financer ce passif grâce à ses épargnants nationaux. En raison de ses exportations, le Japon affiche toujours l’un des plus importants surplus de la balance des paiements. Un autre facteur explique l’appréciation – à première vue paradoxale – déjà connue par le yen après le séisme ayant touché le pays en mars dernier: les rapatriements de capitaux par les institutions financières et les entreprises nipponnes.

Chacun pour soi

Quasi simultanées, ces interventions de Berne et de Tokyo laisseraient-elles entrevoir un front commun pour enrayer l’écroulement du dollar? Bien au contraire, David Bloom y voit «une série de réponses unilatérales» face à la crise. Tandis que la Suisse et le Japon luttent contre leurs devises, les Etats-Unis évoquent une nouvelle avalanche de liquidité afin de maintenir leur économie à flot. L’Asie s’interroge sur un contrôle des entrées de capitaux. Et le Brésil parle toujours de guerre des monnaies. «Il semble que nous soyons entraînés dans une fuite en avant, chaque pays favorisant la faiblesse de [sa propre] monnaie», estime le banquier londonien.