Dans son discours sur le plan national de conversion à l'euro tenu hier aux Communes, le premier ministre Tony Blair a recommandé l'adhésion de la Grande-Bretagne à la monnaie unique «si celle-ci fonctionne bien» et si les critères économiques établis par le Ministère des finances en octobre 1997 sont remplis (convergence économique entre le Royaume-Uni et les pays de l'euro-zone, flexibilité de l'adaptation aux changements liés à l'euro, impact sur l'investissement, les services financiers et l'emploi en Grande-Bretagne).

La Bourse britannique a très bien accueilli ce discours plus que jamais proeuropéen, en clôturant la séance d'hier à son plus haut niveau depuis la mi-juillet 1998 (+1,41% à 6155,20).

La division persiste

La politique du Parti travailliste n'a pourtant pas changé à ce sujet. Le plan national de conversion à l'euro, un document de 60 pages écrit par le Ministère des finances en consultation avec la Banque d'Angleterre, les entreprises et les syndicats, n'est autre qu'un abécédaire pratique de la conversion des secteurs privés et publics à l'euro. Rien à voir avec une déclaration d'adhésion dans les mois à venir.

Les avis sont en effet toujours très partagés à ce sujet en Grande-Bretagne… Une division qui a été clairement illustrée hier par le fait que ce n'est pas Gordon Brown, le chancelier de l'Echiquier, mais Tony Blair a dévoilé les détails du plan national de conversion à l'euro. La raison de cette petite entorse à la coutume est la suivante: si Tony Blair se montre de plus en plus proeuropéen, Gordon Brown commence à avoir des doutes sur la monnaie unique. L'adhésion ne sera donc pas pour demain, à la grande déception des milieux patronaux britanniques qui espéraient plus du discours.

Le plan envisage un délai probable de trois ans entre le référendum sur l'euro (que le gouvernement de Tony Blair n'a l'intention de faire qu'après une seconde élection du gouvernement travailliste, probablement en été 2002), et l'abandon de la livre sterling. Ce délai pourrait même être de quatre années pour le secteur public, plus lent que les banques d'affaires et les grands magasins dans la conversion de ses systèmes à l'euro. Aucun plan concret n'a cependant été annoncé quant à la date exacte de ce référendum. Selon le dernier sondage publié à la mi-février, 52% des Britanniques sont encore opposés à l'euro. La presse populaire y est hostile, mais le parlement et le patronat majoritairement favorables…

Si Tony Blair se montre de plus en plus en faveur de la nouvelle monnaie, c'est avec la plus grande prudence qu'il devra se lancer dans sa campagne de persuasion. «Il est plus important pour le Parti travailliste de remporter une deuxième élection», commente David Brickman, économiste chez PaineWebber International, cité par l'agence Bloomberg.

Efforts d'alignement

La récente baisse d'un quart de point des taux d'intérêt en Grande-Bretagne montre toutefois les efforts d'alignement du cycle de l'économie britannique sur les autres économies européennes. Ceux-ci sont à présent de l'ordre de 5,5% comparé à 3% pour le reste de l'Europe.

Caractérisée par des fluctuations plus larges de son inflation et de son rythme de croissance (d'où son nom de «boom and bust economy») que les autres pays européens, l'économie britannique est en train de se stabiliser. Un signe, selon les analystes, que le gouvernement est en faveur d'une adhésion de la Grande-Bretagne à l'euro.

Mais pour Tony Blair, ce n'est pas l'euro à lui seul qui rendra l'Europe prospère. Ce dernier doit être accompagné de réformes structurelles du marché du travail, de l'industrie et de la sécurité sociale afin de les rendre plus flexibles et plus compétitifs.

Un discours aux sons de cloche singulièrement familiers, si l'on se réfère aux commentaires des Américains lors de la réunion du G7 (les sept pays les plus industrialisés) à Bonn la semaine dernière.