«Nous pouvons et nous devons tenter de lancer un nouveau round de négociations commerciales cette année. Nous ne pouvons nous permettre un autre Seattle, mais nous ne pouvons pas non plus nous permettre de repousser les gains massifs qu'un nouveau round dégagerait.» Vendredi à Davos, Tony Blair a fermement soutenu l'initiative du commissaire européen Pascal Lamy, prenant à contre-pied ceux qui admettent généralement que la campagne présidentielle américaine empêchera tout rebond des négociations commerciales internationales après l'échec de la conférence de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Seattle, il y a deux mois.

Pour le premier ministre britannique, il faut d'urgence établir «un Groupe d'éminentes personnes qui donne un avis sur la façon d'améliorer les méthodes de travail de l'OMC. Nous avons besoin de davantage de transparence et de processus plus efficaces pour construire un consensus. […] Je ne vois aucune raison pour laquelle un tel groupe ne pourrait livrer ses premières conclusions d'ici à l'été.» Et Tony Blair compte sur les Etats-Unis, le Japon et d'autres pays industrialisés pour se joindre immédiatement à l'Union européenne et offrir aux pays les moins développés un accès aux marchés du Nord sans taxes ni quotas pour «presque tous les biens». Le locataire du 10, Downing Street, ne veut pas fermer les yeux sur les événements de Seattle, mais, dit-il, «notre conclusion ne doit pas être que les marchés ouverts et le commerce libre sont une fausse solution». Laisser les barrières commerciales se redresser porterait un coup terrible aux pays en développement, selon Tony Blair (lire ci-dessous). Il estime qu'un travail énorme reste à effectuer pour convaincre les opposants sincères à l'agenda de l'OMC que cette institution fournit le cadre le plus sûr pour sortir les pays pauvres de leur situation.

Il en va de même pour l'architecture du système financier international: ce n'est pas parce que les crises sont passées qu'il faut manquer l'opportunité de résoudre les problèmes fondamentaux qui ont mené aux difficultés des dernières années. Et de rappeler l'initiative de son ministre des Finances pour un Forum de la stabilité financière. Mais Tony Blair craint ces sujets que l'actualité immédiate n'impose pas à la communauté internationale. Et de lancer un avertissement aux Etats-Unis: aucun problème de politique intérieure n'est assez important pour que l'interdépendance qui caractérise le monde d'aujourd'hui passe au second plan. Au chapitre européen, Tony Blair a mis en relation les potentialités qu'offre la nouvelle économie et l'inadéquation des principes qui régissent la politique économique et sociale de l'Union. Si l'Europe veut réussir et rattraper son retard envers l'Amérique, elle doit construire des conditions-cadres favorables à l'expansion de ce nouveau secteur en particulier offrir une formation continue de pointe au corps enseignant, est venu rappeler le jeune génie de l'informatique Michael Dell, dans une discussion suivant le discours du premier ministre britannique. Pour Tony Blair, le prochain sommet européen de Lisbonne, au mois de mars, doit marquer le départ d'un vaste programme de réformes. «Nous devons abandonner un modèle social qui a ses racines dans les années 1960 et 1970, en conserver les valeurs mais en changer radicalement les applications pour s'adapter au monde moderne.» Cette fameuse «troisième voie» passe par l'abandon de la notion de protection au profit de celle d'empowerement (la valorisation du potentiel de chacun). «L'égalitarisme, cette vieille idée de gauche, est remplacé par la notion de valeur égale: chacun a une valeur et un potentiel; notre tâche est de les développer.»