A deux jours du sommet du G20 à Londres, le scandale sur un système d’évasion fiscale via le Liechtenstein, révélé début 2008 en Allemagne a rebondi mardi en France, avec la mise en cause des groupes Total, Michelin et Adidas.

La France avait en février 2008 estimé à environ un milliard d’euros le montant de la fraude fiscale imputée aux Français à la suite d’une enquête monstre lancée en Allemagne sur un millier de contribuables soupçonnés d’avoir contourné le fisc allemand via le Liechtenstein.

L’enquête qui a abouti à des poursuites contre 160 fraudeurs en Allemagne, avait été étendue à plus de dix pays dont, outre la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Italie, la Suède et l’Australie.

Le parquet de Paris a indiqué mardi à l’Agence France Presse (AFP) qu’il allait ouvrir une enquête après avoir reçu une dénonciation du ministère des Finances visant une liste de fondations liées aux grands groupes de pneumatiques Michelin, pétrolier Elf (Total) et d’équipement de sport Adidas, dans le volet français du dossier.

Ces informations concernent également une trentaine de particuliers bénéficiaires de comptes bancaires au Liechtenstein. L’enquête «devra déterminer la qualification précise de l’infraction», a dit le parquet n’excluant pas un éventuel «blanchiment de fraude fiscale».

Le journal «Le Parisien», qui a révélé l’affaire, affirme qu’une enquête préliminaire sera ouverte «dans les tout prochains jours» pour «blanchiment de fraude fiscale» visant les trois groupes cités dont la fraude représenterait «une part importante du milliard d’euros» en jeu en France.

Le ministre français du Budget, Eric Woerth, a confirmé avoir «transmis à la justice trois dossiers» mais s’est refusé à fournir les noms des entreprises concernées. Il a souligné vouloir «la vérité, sur la manière dont ça s’est passé, sur d’où est venu l’argent sur ces trois affaires […] et in fine sur le plan fiscal, bien évidemment la récupération des impôts qui ont été édulcorés et des pénalités».

De leur côté, les groupes Total et Michelin ont «formellement démenti» par la voix de leurs porte-parole. «Le groupe Michelin ne détient aucune fondation Copa et ne possède aucun compte au Liechtenstein dans la banque LGT», a dit le groupe. Total «dément formellement» avoir une «Elf Trading au Liechtenstein servant à faire du blanchiment d’argent», précisant n’avoir pour toute activité dans cette principauté que «deux stations-service».

Dans un premier bilan publié samedi sur cette affaire de fraude fiscale via le Liechtenstein, Paris avait indiqué vouloir aller «jusqu’au bout» et que 16 des 64 groupes familiaux français suspectés dans ce dossier s’étaient mis en règle.

Le Liechtenstein et sa première banque, la LGT, ont été au centre de ce vaste scandale révélé par le biais d’informations payées par le fisc allemand à un informateur du Liechtenstein.

La principauté fait partie des pays et territoires actuellement considérés comme paradis fiscaux par l’OCDE et contre lesquels le G20, qui regroupe les principaux pays industrialisés et émergents, a promis de lutter. Le G20 qui se réunit à Londres jeudi pour faire face à la crise économique mondiale, doit notamment dresser une nouvelle liste de ces pays qui ne coopèrent pas suffisamment dans le domaine fiscal.

Craignant d’être placés sur de telles «listes noires», le Liechtenstein ainsi que la Suisse, l’Autriche, le Luxembourg et Andorre ont annoncé récemment des mesures visant à assouplir leur secret bancaire.