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Le groupe français …
© ATTA KENARE/AFP

Hydrocarbures

Total revient en Iran par la grande porte

Le patron du groupe français, Patrick Pouyanné, a signé, lundi 3 juillet, à Téhéran, un contrat gazier de 2 milliards de dollars. Total va participer à l’exploitation du gisement gazier de Pars Sud

La constance paie. Alors qu’elle avait maintenu des liens et un bureau de représentation en Iran ces dernières années, Total est la première compagnie pétrolière occidentale à y revenir par la grande porte depuis la levée partielle des sanctions internationales en janvier 2016. Et la troisième entreprise française, après les constructeurs automobiles Renault et PSA.

Avec les Chinois et les Iraniens

Son président-directeur général, Patrick Pouyanné, a signé à Téhéran, lundi 3 juillet, un contrat de 2 milliards de dollars (1,75 milliard d’euros) pour la première phase de développement d’un important champ gazier offshore, une somme équivalente pouvant être mobilisée pour une seconde phase. A la tête d’un consortium international, Total l’exploitera pendant vingt ans.

Situé dans le golfe Arabo-Persique et partagé avec le Qatar, Pars Sud est le plus gros gisement gazier de la planète. Si le petit émirat l’exploite depuis plus de vingt ans, faisant de lui le premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL), la République islamique a dû laisser sa partie «en jachère» en raison de l’embargo international – décrété dans les années 2000 et renforcé en 2012 – qui l’a privée des technologies occidentales nécessaires à son exploitation.

Total développera la phase 11 de Pars Sud comme opérateur du projet (50,1%) avec le géant chinois China National Petroleum Corporation (CNPC), qui en détiendra 30%, et la société publique iranienne Petropars (19,9%).

Les importantes quantités de gaz de ce gisement (370 000 barils par jour en équivalent pétrole) seront destinées au marché domestique «à compter de 2021». L’Iran est un très gros consommateur de gaz pour son chauffage, ses transports et son industrie, notamment pétrolière, et faute de pouvoir développer suffisamment ses propres ressources, il lui arrive d’en importer du Turkménistan voisin.

Total avait signé un premier accord de principe, le 16 novembre 2016. A cette occasion, le ministre iranien du Pétrole, Bijan Namdar Zanganeh, avait souligné les bonnes relations avec le groupe français, qui a «toujours été un pionnier» et a «accepté de venir travailler en Iran dans des conditions difficiles». Une allusion aux difficultés que Total a eues avec les autorités américaines, qui interdisent toujours à leurs compagnies pétrolières (ExxonMobil, Chevron…) et à d’autres secteurs de faire des affaires avec Téhéran, comme avec son allié russe.

Si sa présence en Iran remonte à 1954, Total avait cherché à accélérer son développement dans le gaz au milieu des années 2000. Mais les tensions autour du programme nucléaire iranien autant que les incertitudes financières avaient eu raison de ses projets. Au départ, la compagnie s’était alliée au malaisien Petronas et à la Compagnie nationale pétrolière iranienne (NIOC) dans Pars LNG, qui prévoyait notamment une usine de liquéfaction de gaz. Elle anticipait un investissement de plus de 10 milliards de dollars.

Projet suspendu en 2008

Tout avait été suspendu en 2008 après deux ans de discussions tâtonnantes. Alors directeur général du groupe, Christophe de Margerie avait toutefois prévenu que «Total entend[ait] bien conserver ses relations avec la NIOC». Il y a quatre mois, Patrick Pouyanné reconnaissait qu’il attendrait de connaître la politique iranienne du président américain, Donald Trump, avant de prendre sa décision d’investir dans Pars Sud.

Il a finalement franchi le pas alors même que le Sénat américain a voté, mi-juin, de nouvelles sanctions contre l’Iran, toujours considéré par Washington comme un des principaux pays de l'«axe du mal» soutenant le terrorisme. Des mesures considérées comme «illégales et illégitimes» par Téhéran. Donald Trump a toujours jugé que l’accord sur le nucléaire conclu en juillet 2015 entre l’Iran et les grandes puissances (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni, Allemagne) était «une catastrophe».

Un avis qui n’est pas partagé à Paris. Vendredi, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a été reçu par le président français, Emmanuel Macron. C’est alors que les choses se sont accélérées, le ministère iranien du Pétrole annonçant dès dimanche l’accord avec les Français. Au cours de sa tournée européenne, qui l’a menée de Berlin à Paris en passant par Rome, Mohammad Javad Zarif a exhorté les pays du Vieux Continent à ne pas se laisser impressionner par les menaces de rétorsion américaines et à investir en Iran, assurant qu’unis, ils finiraient par faire plier l’administration Trump.

Encore des incertitudes

Aujourd’hui, un porte-parole indique que «Total mettra en œuvre le projet dans le respect le plus strict des législations nationales et internationales». Le groupe a pris des précautions en cas de représailles américaines, notamment parce qu’il a d’importantes activités outre-Atlantique dans le raffinage, la production d’hydrocarbures de schiste et la fabrication de panneaux solaires de sa filiale SunPower. Sans dramatiser la situation. Donald Trump pourrait mettre son veto à la proposition des sénateurs, qui prévoient d’alourdir aussi les sanctions contre la Russie, fait-on valoir.

«Nous devons vivre avec un certain degré d’incertitude», reconnaissait Patrick Pouyanné, mi-juin, dans un entretien à l’agence Reuters, convaincu que la levée des sanctions sera renouvelée tous les six à huit mois malgré les critiques de Donald Trump. «Cela vaut la peine de prendre un risque à 1 milliard de dollars parce que cela nous ouvre un vaste marché», ajoutait-il. Les contrats avec les Iraniens contiennent probablement des clauses protectrices en cas de changement des règles du jeu.

Avec la Russie et l’Irak, l’Iran est un des pays où une major pétrolière doit absolument être présente. Il possède les deuxièmes réserves de gaz de la planète et les quatrièmes ressources d’or noir. De plus, c’est un marché de 85 millions de consommateurs. Cet accord ouvrira d’autres «opportunités» dans les secteurs pétrolier, gazier et pétrochimique, espèrent les dirigeants de Total. Pars Sud 11 fait partie des dix grands projets que Patrick Pouyanné a décidé de lancer d’ici à la fin de 2018. Objectif: être prêt quand la demande et les prix pourraient repartir à la hausse au début de la prochaine décennie.

De son côté, l’Iran a besoin de la technologie et des capitaux des compagnies pétrolières étrangères. Il a vite relancé les discussions avec elles, notamment l’anglo-néerlandais Shell, le norvégien Statoil, l’italien Eni, le russe Gazprom et le malaisien Petronas. Téhéran espère que la décision du groupe français fera sauter un verrou et décidera les autres compagnies à finaliser leurs projets.

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