Derrière l’Aquaparc du Bouveret, un ensemble de neuf sites d’attractions

Loisirs L’ancien garçon boucher de Berck-sur-Mer a repris la société en 2011 avec six parcs de la Compagnie des Alpes

Appuyé par des financiers américains il veut réunir 15 à 20 sites d’ici à trois ans

Sous les nuages bas accrochés aux monts du Chablais, le lac fait davantage penser à un fjord qu’à un lagon. Pour une fois, parler du temps qu’il fait s’impose. «Début juillet n’était pas top et la semaine du 15 août s’est également avérée compliquée; sûr que les conditions ne sont pas favorables pour les sites de loisirs», répond courtoisement le patron de l’un des deux grands parcs aquatiques de Suisse, avec l’Alpamare zurichois. «Heureusement, ici à Aquaparc, les neuf dixièmes des attractions sont couvertes», enchaîne Laurent Bruloy, de passage pour quarante-huit heures au Bouveret. En chaussons de protection dans la serre à la touffeur tropicale, ce dernier explique comment «10 000 visiteurs de plus ou de moins par an, cela fait vraiment basculer les résultats en fin d’année sur un site comme celui-là». Surtout quand une bonne partie des coûts de fonctionnement – par exemple chauffer les bassins – est la même quel que soit le nombre de visiteurs. Pourtant, la pluie, Laurent Bruloy connaît. Celle de la Côte d’Opale, fine et froide. Il y dispose d’un bureau sur le plus ancien parc d’attractions de France, construit en 1955, d’où il dirige un ensemble de sept sites réunis dans un groupe baptisé Looping. Toute la partie administrative et financière du groupe est située à Saint-Malo.

L’été pourri n’est pas le seul défi d’Aquaparc, unité de 10 millions de francs de chiffre d’affaires annuel. Pionnier lors de sa construction à la fin des années 1990, le site a vu fleurir la concurrence à deux heures de voiture: Bernaqua, Vitam’Parc, Alpamare… «Plus qu’une simple bulle chauffée avec des vagues, notre offre est centrée sur la glisse», rétorque le patron français, rappelant que le site a été imaginé par Ron Odermatt, ancien de White Water. Cet industriel américain construit des toboggans aussi bien pour le Samsung Everland coréen que le Paradise Island de Chengdu. Au Bouveret, la fréquentation reste depuis plusieurs années à 270 000 visiteurs – à titre de comparaison, un mastodonte comme Euro Disney fait 14 millions d’entrées, cinquante fois plus. «Pour vivre, un parc doit lancer une attraction significative tous les trois ans», relate Laurent Bruloy, dont les équipes planchent sur l’installation l’an prochain au Bouveret d’un toboggan de près de 1 million de francs.

A 48 ans, ce fils de bouchers de Berck-sur-Mer en est à son dixième parc. Une quête picaresque aux quatre coins de l’Europe entamée presque par hasard. En gérant un service de traiteur. Dans les années 1990, il acquiert peu à peu les camions et le matériel lui permettant d’assurer des événements de plus d’un millier de couverts dans le nord de la France. Notamment sur le site de l’Aqualud, régulièrement privatisé pour des soirées. Les affaires marchent tellement bien qu’en 1997, celui qui est passé par l’Ecole supérieure des métiers de la viande se met en tête de racheter ce parc de la plage du Touquet, dont il est prestataire. «On était trois ou quatre candidats; l’Aqualud figurait parmi les centaines de biens dont se séparait un groupe Suez en plein recentrage.» Il gère ces installations dix ans, faisant passer la fréquentation de 116 000 à 195 000 visiteurs annuels. Et multipliant le chiffre d’affaires par cinq. Lorsqu’il le revend aux Parques Reunidos – numéro trois européen derrière Disney et le britannique Merlin – Laurent Bruloy décroche le capital pour un nouveau projet. En 2011, il se lance dans la reprise de sept sites de la Compagnie des Alpes; du Grand Aquarium de Saint-Malo à l’Avonturenpark de Hellendoorn – aux Pays-Bas – en passant par le site du Bouveret.

Pour boucler cette reprise d’une trentaine de millions d’euros, l’entrepreneur accepte d’être minoritaire. Il s’associe à HIG Capital, des financiers américains spécialistes du rachat d’entreprises à crédit – «LBO» dans le jargon – à qui sont confiés plus de 15 milliards de dollars. La firme s’est notamment illustrée dans le rachat de la filiale française du constructeur d’équipement électronique Molex qui a défrayé la chronique il y a cinq ans.

Du jour au lendemain, celui qui a, dans une autre vie, fait les petits matins de Rungis, se retrouve à gérer sept parcs de loisirs. Il bénéficiera durant quelques mois de l’appui des équipes de la Compagnie des Alpes. Le géant des remontées mécaniques a cédé ses dernières parts en mars.

«Notre souhait est de devenir l’un des principaux acteurs européens spécialisés dans les parcs de taille régionale et de réunir 15 à 20 sites d’ici à trois ans», esquisse le patron de Looping; évoquant «plusieurs opérations potentielles» avant la fin de l’année. Ce dernier chasse des aquariums. Des parcs d’attractions ou animaliers. En Espagne et en France. Ces dernières années, il en a repris deux: le breton Cobac Parc ainsi que l’Isla Magica. Rachetée à la Caixa, cette grosse machine au bord de la fermeture ayant reçu jusqu’à un million de visiteurs annuels est située sur le site d’Expo 92, à Séville. «En ce moment, tout repart en Espagne, les fréquentations sont supérieures de 10 à 15% sur un an», décrit le responsable de ce groupe d’un demi-millier de collaborateurs. Et la météo andalouse ne ment pas. «Nous sommes d’autant mieux accueillis par les autorités que nous employons beaucoup de jeunes, souvent avec peu de formation», ajoute Laurent Bruloy. Au Bouveret, 45 collaborateurs sont employés à durée indéterminée, mais les effectifs montent jusqu’à 110 personnes en haute saison. Dont une grande partie faisant la navette du Chablais français.

«En ce moment, tout repart en Espagne, les fréquentations sont supérieures de 10 à 15% sur un an»